Emmêlés
Écrit par Plume Légère   
Dimanche, 08 Août 2010 01:05

JUIN

Plein été.
La mi-juin, en Provence.
Un manque certain d'intelligence
Que d'être venu, par cette chaleur, t'y enterrer.

Hier encore chez toi,
Il faisait bon.
Dehors, tu entendais le stridulement joyeux des grillons.
Aujourd'hui, les cigales éreintantes tes pensées broient.

Leur chant, si strident.
Conter, craqueter, criqueter ?
Non, grincer, crisser !
Jamais de silence, tu les as même entendues geignant sous le firmament !

Tu regrettes déjà
La douceur, l'humidité même
De ce pays que tu aimes.
Oui, l'âpreté de ses gens et de son climat.

Ici, tout est lumineux,
Les gens sont trop affables.
Toi que la douleur accable,
Tout cela te pique les yeux.

Tu as voulu fuir.
Ne pas rester seul dans la maison,
Ne pas t'apercevoir, chaque soir en rentrant, qu'Elle est partie pour de bon.
Elle s'est éclipsée. Sortie de ta vie. Vite, fuir !

En Provence.
Retrouver Margaux. La bonne amie, la confidente.
Charmante, rassurante.
Ton espoir, ta chance.

Tu l'as appelée, à pas d'heure.
Elle t'a écouté,
T'a proposé de prendre l'air : elle a tant de chambres inhabitées,
Et la main sur le cœur.

Et tu es là.
Seul, sans Elle.
Oui, mais avec elle.
Cela pourrait être pire, n'est-ce pas ?

Tu ne cesses d'y repenser...
Combien de temps a duré cette histoire ?
Trois ans, sept mois, quatre jours et... le premier soir.
Tu n'as pas vu le temps filer.

Tu étais amoureux, pas vrai ?
Idiot ! Tu y as vraiment cru !
Tu ne t'es pas méfié de Son si charmant cul
Qui tant d'yeux attirait...

Tu La pensais à toi,
Tu avalais Ses rares mots d'amour
Sans t'apercevoir que Ses yeux brillaient d'un noir humour.
Tu te vouais corps et âme, toi.

Cesse d'y penser, minable.
Elle ne t'a jamais aimé.
Sans doute pour ton argent, la vie que tu lui offrais, est-Elle restée.
Ravale tes larmes, tu es lamentable.

Tiens regarde, elle est là, Margaux.
Te souviens-tu qu'enfant
Et même adolescent,
Tu l'avais dans la peau ?

Tout le monde misait sur votre avenir commun.
Et puis... Tu as oublié le nom du blondinet
Qui lui a ravi le cœur. Non, tu ne te trompes pas, c'était un jour de mai.
Tu n'es vraiment pas un conquérant, toi, hein ?

Qu'est-ce qu'elle dit ?
Ah oui. Un mouchoir.
Tu pleures ? Si tu te crois émouvant avec ton désespoir...
Franchement, tu me dégoûtes. Un peu de fierté, abruti !

Regarde-la donc, elle :
Est-ce qu'elle s'est jamais plainte auprès de toi
Quand son Dom Juan pour une autre a éprouvé quelque émoi ?
Jamais tu ne lui as vu une larme, tout juste sur la joue une traînée desséchée de sel.

Tu n'as pas su être là,
Tu n'as pas su être une oreille attentive.
Trop égoïste. Et elle, trop combative.
Tu n'as pas su être là.

Un jour, elle a disparu,
A pris tout son fatras et en route pour le Sud.
Tu l'as laissée partir sans inquiétude.
Longtemps que tu ne l'avais revue...

Plus menue que dans ton souvenir.
Oui, plus jolie sans doute aussi.
Mais ses yeux... Plus ils ne sourient !
Comme leur caresse avait à l'époque pu te faire frémir !

Dis-lui de s'asseoir à tes côtés, ça te fera du bien...
Imbécile ! Crétin ! Réclamer du papier et un crayon pour Lui écrire !
Elle est partie, tu entends ? Rien ne La fera revenir !
Écris-Lui des poèmes aussi, si tu y tiens !

Pauvre Margaux...
On parie qu'elle va te proposer de t'aider ?
Couillon, si seulement tu savais observer...
Mais non, à croire que rien ne s'imprime dans ton cerveau !

Tu n'as pas vu, non,
Que contrairement à hier soir,
Ce matin ses yeux elle a habillés de noir ?
Bien sûr que non !

Tu n'as pas senti non plus,
Lorsqu'elle est passée près de toi à l'instant,
Son parfum, discret mais envoûtant ?
Plus observateur je t'ai connu !

Allez, vas-y, joue les troubadours !
Perds-toi dans tes jérémiades,
Chante-Lui des ballades,
Qu'Elle succombe devant tant d'amour !

 

Margaux... Ah non, ne Le regarde pas comme ça !
Ne va pas t'amouracher de Lui encore une fois...
Vous étiez jeunes, tu L'aurais suivi partout, même debout sur un toit,
Mais vraisemblablement Lui ne t'aimait pas !

Tu avais voulu Le rendre jaloux...
Philippe. Blond, les yeux bleus.
Ton cœur n'en était pas amoureux,
Mais après tout, il était si doux...

Et surtout, il te voyait, lui.
Il était attentionné,
Te portait aux nues, te serrait dans ses bras pour te protéger, te choyer.
Votre entente pouvait peut-être suffire, t'étais-tu dit.

Jamais avec lui tu n'as été heureuse.
Aimée, certes,
Mais il te devenait si pénible de t'abandonner, offerte...
Tu n'avais pas su cohabiter en ton esprit avec une menteuse.

Tu as bien essayé de simuler,
Dès le début de votre relation...
Tu poussais des « Ah !», des « Oh oui !», des « Mmm, c'est bon ! »,
Qu'il avait d'ailleurs l'air d'apprécier...

Mais jamais tu n'as ressenti de plaisir,
Jamais tu n'as joui.
Sauf lorsque, seule dans ton lit
Et pensant à Lui, tu ne réfrénais plus ton désir...

Philippe a été très ébranlé.
Tu as entendu dire qu'il a depuis sombré dans la dépression...
Quant à toi, tu as intrigué, espérant récupérer Ce geignard, là, Ce grand couillon :
Tu as affirmé avoir été abandonnée.

Tu pensais pouvoir Le séduire ?
Il n'a rien vu de tes signes,
Se souciant de toi comme d'une guigne.
C'était il y a plus de trois ans. Quatre ? Difficile à dire.

C'est en tout cas là
Qu'Elle était apparue,
Sa farfelue.
Il en était tombé raide dingue, s'éloignant de toi pas à pas.

Le cœur brisé,
Tu avais fait tes valises.
Sur Ses joues deux bises
Et vite t'envoler...

 

Tu as commencé ta lettre ?
Fais voir ça : "Ma Chérie,
Mon Amour, Ma Vie..." Ouh la la !
Vraiment ensorcelé, il faut l'admettre...


Et c'est tout ?
Ah non, tu réfléchis !
Difficile de se concentrer, c'est vrai, dans cette touffeur d'après-midi.
Et puis ces cigales... À devenir fou !

Tiens, Margaux écrit, elle aussi ?
Elle te fait face,
Chacun à un bout de cette table d'extérieur, longue et large. Elle a l'air plus efficace...
Facile, elle ne court pas après l'amour de sa vie !

Vos quatre mains entonnent une musique :
Dans un chuintement
L'encre sur vos feuillets va glissant.
Contre le manque de Son corps, cette mélodie monotone a sur toi un effet analgésique.

Son corps... Souple, félin.
Qui se pliait à tes quatre volontés...
Sauf les mois derniers
Où Elle refusait tes câlins.

Mais avant... Sensualité, volupté, ivresse.
Son sexe se fendait, humide,
T'engloutissait, avide.
Tu rêvais sans cesse de Ses fesses.

Comme il était bon
De coulisser en Elle, doucement,
De la pénétrer profondément,
De sentir en elle ton explosion...

Une pause. Un regard à ton poignet.
Une demi-heure !
Margaux couvre toujours son papier de noirceur.
Idiot, as-tu remarqué son buste, si fin qu'il semble paré d'un corset ?

Elle redresse la tête,
Croise ton regard.
Dans le sien, comme un brouillard :
Elle ne semble pas à la fête.

Prends la parole,
Demande-lui ce qu'elle griffonne !
Une lettre pour un homme que depuis toujours elle affectionne :
Ton chagrin, de dévisager enfin le sien lui a donné cette idée folle.

Tu le savais, toi, qu'elle tenait à quelqu'un ?
Elle n'en a jamais pipé mot !
Eh, pourquoi ce picotis ? Jaloux, toi, gros nigaud ?
Évidemment non ! Une amie que tu connais si bien !

Faux d'ailleurs, tu commences à le déceler.
Qui est-elle ?
Avais-tu jamais remarqué combien elle est belle ?
Mais si, ose la mater !

Bon sang, ce qu'il fait chaud !
Une goutte de sueur tombe de tes cheveux noirs, parsemés de rares gris.
Comment peut-elle vivre à l'année ici ?
Même les oliviers sont ternes de n'avoir pas assez d'eau !

Elle porte un bustier sur une jupe légère.
Comme Elle le premier soir.
Tu te souviens de ce premier soir ?
Elle était présente aussi, Margaux... Elle avait même un drôle d'air...

Tu as fait du tri sélectif dans tes souvenirs
Et te demandes aujourd'hui ce qu'elle pouvait bien faire là.
N'a-t-elle pas pris la poudre d'escampette peu de temps après cela ?
Si, et tu ne l'as plus appelée que de loin en loin, laissant votre amitié se tarir.

Jusqu'à la semaine dernière.
Ton retour dans cette maison, après la journée de travail.
Le silence. Le vide. Et sur la table , le mot écrit à la va-vite qui poignarde en plein poitrail.
La boule au ventre. L'appeler, elle. Margaux. Une envie comme un éclair.

Les bagages dans la foulée, juste le strict minimum.
Partir, ne pas te laisser asphyxier par ce trop-plein de vide.
L'arrivée dans sa bastide
Et... L'effondrement. La chute. Plus rien d'un homme.

Pas même du respect pour ton hôte :
Trois jours à ne pas la voir,
À pleurer et broyer du noir.
Seule la faim t'a fait sortir de ton apathie : l'envie féroce d'une entrecôte !

Tu n'as pas su te résoudre à descendre à la boucherie du village :
Tu t'es contenté du pain de Margaux,
Des confitures de Margaux
Qui te regardait t'empiffrer : "Quand l'appétit va, tout va", dit l'adage...

Et te voilà à présent à écrire une lettre d'amour,
Une lettre dans laquelle tu te noies, éperdu,
Pour une cause que tu sais pertinemment foutue.
Elle t'a avoué te cocufier depuis toujours !

Garce ! Salope !
Et pas avec un seul...
Non, tous, il les lui fallait tous ! Elle se couchait bien plus docilement qu'un épagneul.
Oui, tu as raison, attrape donc une clope !

 

Tiens, tu fumes Margaux ?
Tu ne devrais pas,
Ne te détruis pas.
C'est donc cela, le teint pâle de ta peau ?

 

Tu as envie de lui parler, hein ?
De lui dire tout ce que tu ressens,
De cracher toute la haine qui intoxique ton sang.
Ce n'est pas à elle d'absorber ton chagrin !

Enfoiré ! C'est dégueulasse ce que tu fais !
C'est si... personnel !
Tu n'as pas à lui étaler sa laideur à Elle,
Elle n'a pas à supporter le poids de ton secret.

Tu es content, tu as tout déballé ?
Vois son visage défait, ses yeux qui brillent.
Tu l'obliges à être ta béquille,
Tu ne pouvais pas, en homme, assumer ?

Bon sang, ce regard !
Craquant,
Troublant...
Pour un peu, tu pourrais presque croire... Allons, tu t'égares.

Tu déblatères encore,
Tu n'avais pas vidé tout ton sac.
Et puis... tu craques,
Des sanglots secouent ton corps.

Tu tressailles ?
Ce n'est que la main de Margaux, sur ton avant-bras.
Elle ne sait pas bien que faire, comprends-la.
Souris-lui, même si ton sourire déraille...

Tu lui racontes alors tes dernières nuits. Si brèves, sans grasse matinée.
Tout lit t'est devenu un ennemi,
Tu n'y vas plus, ou presque plus. Tu les fuis.
Tu ne supportes plus d'entendre résonner dans la pénombre ton cœur déréglé.

Elle prend la parole.
"La solitude, c'est comme une ombre qui emmaillote, empaquette, sangle.
Une ombre glacée, qui s'insinue dans chaque pore et qui étrangle."
On la croirait couronnée d'une auréole.

Sa peau, diaphane.
Ses yeux, d'un bleu si intense.
Tu sens monter en toi le souvenir de tes juvéniles transes,
Quand tu ne doutais pas qu'elle serait pour la vie ta sultane.

Ses yeux dans les tiens...
Vite détournés,
Gênés.
Il t'avait été si difficile de l'oublier, tu t'en souviens ?

Tu n'avais rien dit, bien sûr.
À quoi bon ? Force-t-on l'amour ?
Elle l'avait trouvé dans les bras d'un mec plein d'humour,
Il ne te restait qu'à en faire ton deuil, cacher ta blessure.

Quand elle était revenue,
Tu l'avais trouvée toujours aussi... désirable.
Mais elle était devenue inabordable
Et tu n'avais pu lui faire d'avances, même si complètement mordu.

Elle était alors arrivée, Elle.
Fraîche, légère, enjouée,
Elle t'avait embobiné.
Fatalement, tu n'avais vite plus eu d'yeux que pour Elle.

Tiens, Margaux continue, écoute-la.
"La solitude, c'est une tueuse en série.
Elle t'arrache le cœur, le goût de la vie, l'appétit aussi.
Quelle satisfaction ressentir seule face à un bon petit plat ?"

Une larme roule...
Tu aimerais la prendre dans tes bras, la serrer.
Elle te semble soudain si fragile, prête à éclater.
Juste ta main qui la sienne frôle. Voilà qu'elle te tourneboule.

Un relatif silence.
La chaleur, écrasante.
Les cigales. Les tuer, une à une, entendre sous ton pied leur mort crissante !
Et soudain, en toi, un accès de clairvoyance.

Les sourires des copains,
Les joues rouges, souvent, quand avec l'un Elle sortait de la cuisine tandis que tu versais le vin,
Les jeux que tu ne pensais que taquins.
Les regards en coin...

Aveugle, corniaud !
Elle agissait sous tes yeux, se faisait sauter dans ton lit, sans doute, quand tu n'étais pas là !
Et les potes, qui ne tarissaient jamais d'éloges sur Elle... Tu ne te méfiais pas...
Quand même... Y en avait-il eu un seul honnête envers toi, dans le lot ?

Pauvre naïf...
Est-ce que tu te rappelles maintenant Ses migraines, de plus en plus souvent,
Ses soirées entre amies, qui dans la nuit allaient s'étirant ?
Fallait-il que tu sois bien peu intuitif...

 

 

JUILLET

C'est étrange, hein, cette colère que tu ressens soudain ?
Comme si tes yeux se dessillaient,
Non, comme s'ils ne s'étaient jamais caché la vérité, mais que, par commodité, tu la tolérais.
De la colère, du dégoût, mais... On dirait qu'il n'y a plus de vrai chagrin.

Celui d'avoir perdu quelques années, oui.
Et encore.
Tu n'as pas de regret, tu as tout de même vécu de beaux moments, si forts.
Et puis, tu savais bien, au fond de toi, qu'Elle ne pouvait être la femme de ta vie !

Tant de divergences entre vous,
Tant de concessions
Que tu ne faisais plus qu'à reculons.
L'idée de t'en aller t'avait même titillé plus d'une fois, et encore il y a peu, avoue !

Bon, d'accord, c'est plus difficile pour ton égo
D'être le largué...
Tu avais tant à lui reprocher, que tu n'auras pu à la figure lui jeter !
Et si tu commençais à regarder vers demain d'un œil nouveau ?

 

 

SEPTEMBRE

Le regard de Margaux, encore une fois,
Croise le tien.
Tu lui souris, tu te sens étonnamment bien.
Presque comme... un séducteur à la recherche d'une proie !

Elle reprend encore, de temps à autre, comme maintenant, sa feuille et son crayon,
Pour écrire à cet homme : impossible dans ces moments-là de nouer avec elle un dialogue.
Toi, tu as mis depuis deux mois à ton histoire un épilogue :
Roulée en boule la lettre, gommée de ton cœur L'infidèle, ôté l'étouffant ganglion !

Satanée chaleur, tu as les mains moites.
Tu te recules un peu dans ton siège,
Contemples ta cigarette qui se désagrège.
Dommage que cette table ne soit pas plus étroite...

Car depuis quelques jours l'envie, soudain, de t'occuper de Margaux.
Tu te sens serein, tellement léger :
Envie de la retrouver.
Tu entends encore son rire qui autrefois au tien faisait toujours écho.

Son rire... Si éclatant, si naturel,
Si contagieux...
Tu disais que ce rire était ce qui la définissait le mieux :
Il était, à son image, orgasmique et sensuel...

Alors aujourd'hui oui, tu oses,
Tu te déplaces.
Ta chaise à côté de sa place...
Aïe, voilà que tu l'indisposes.

Vois comme elle cache son écriture.
Elle ne veut pas que tu la lises, c'est légitime :
Écrire, c'est si intime.
Laisser glisser sa plume pour évacuer : plus libérateur qu'une séance d'acupuncture.

Elle a des larmes au bord des yeux,
De là tu les distingues maintenant.
Tes doigts sur son avant-bras se font caressants.
Elle t'émeut.

Le grain de sa peau.
Étrange émoi :
L'envie qu'elle soit tienne, l'envie de la serrer contre toi...
Mais elle se contracte, comme un chat qui fait le gros dos.

Tu n'oses pas lui demander de se raconter.
Tu n'es pas sûr de savoir trouver les mots,
De savoir apaiser ses émotions s'il le faut.
Et puis... d'un autre œil tu commences à la guigner.

Ton regard, irrésistiblement,
Est attiré par sa poitrine
Mise en valeur par son écrin de lustrine.
Elle ouvre alors la bouche, puis, les joues rouges, la referme soudainement.

"Dis-moi...", lui chuchotes-tu.
Elle relève la tête. Une lueur d'effroi,
Elle semble aux abois.
Sous son menton tu glisses ta main. Geste ingénu.

Et pourtant.
Frôler sa peau...
Eh couillon, on dirait un puceau !
Un désir, violent.

Elle n'a pas évité ta caresse.
Pas eu le temps,
Elle ne s'attendait pas à ton mouvement.
Tu lis maintenant sa détresse.

Ses yeux te cherchent, te fuient.
Elle semble fiévreuse, sans doute parce qu'il fait si chaud :
Tu sens d'ailleurs la sueur se poser en gouttes sur ton dos.
Tes yeux à toi ne se détournent pas, confortent sur son visage leur appui.

De sa main, elle entoure doucement la tienne
Pour la retirer.
Ce velouté, cette sensation si éphémère mais si particulière en vérité...
Électrique. Luciférienne.

La pulpe de ses doigts ne parvient à se détacher de toi.
Elle semble comme hypnotisée, captivée, conquise.
Du bout de l'index elle suit les lignes de ta main, légère comme une brise...
Palpable est ton émoi.

Tu la laisses faire,
N'osant plus bouger
De peur de l'affoler.
Elle ne doit pas deviner l'envie que tu aimerais satisfaire...

 

Tes mains sont moites. Cette chaleur !
Tu ne t'y fais décidément pas.
Il serait peut-être temps de retourner vivre chez toi, là-bas...
N'entend-Il pas cogner ton cœur ?

Ton doigt suit les tracés des lignes de Sa main.
Tu La tenais autrefois, si naturellement :
Aujourd'hui cela te semble un geste indécent.
Et pourtant, tu ne te résous pas à La repousser un peu plus loin.

Il a l'air mieux, non ?
Il ne pleure plus depuis quelques semaines, te sourit même.
Oh, bien sûr, ne pas Lui crier encore ce "Je t'aime !"
Que tu réprimes avec passion.

Si chaud. Ton bustier, ta jupe, collent à tes formes.
Mais ce n'est rien, non rien
Comparé à ce feu interne que tu contiens.
Comment feras-tu maintenant pour qu'il se rendorme ?

 

 

 

OCTOBRE

Tant de désirs...
Tu ne te contenterais pas de Ses mains, bien sûr !
Non, tu ressens le besoin vital de Sa peau, à toute allure...
Oui, tant de secrets désirs...

Depuis si longtemps, tu rêves de Lui !
Dans tes nuits solitaires,
Tu L'as souvent convié, commettant presqu'un adultère :
Ne se voit-Il pas comme Ton frère, Ton meilleur ami ?

Tes sentiments à toi sont bien différents :
Le simple fait d'effleurer Sa peau ou Son regard
Abat tes remparts
Et remplit tes douves, secrètement.

Il suffirait qu'Il se présente à l'orée de toi...
Il n'aurait pas à toquer,
La porte serait déjà entrebâillée.
Nulle bobinette à tirer pour te faire choir et s'immiscer en toi...

Oh, ne plus être seule.
Sentir enfin Son corps contre toi
Et oui, mieux, Le laisser fondre en toi.
Ne plus être seule...

 

L'envie de son corps, tout contre le tien lové.
En sentir l'odeur,
La chaleur...
Pour l'instant, juste soutenir son regard, enfiévré.

Ses yeux... Sitôt détournés, ils reviennent irrésistiblement vers ton visage,
S'accrochent à lui comme le ferait à une bouée un homme à la mer.
Seul le criquètement des cigales trouble l'air.
Tu ne l'entends plus vraiment désormais, ces bestioles n'éveillent plus ta rage.

Tu sens monter en toi un tel désir !
Celui de l'allonger, là, sur cette table si grande,
De la trousser, de te présenter devant elle, gonflé et rigide tant tu bandes,
De la pénétrer, d'aller et venir...

Ton bas-ventre se durcit.
La touffeur, ta soif de Margaux, tout cela devient douloureux.
Le lui dire, les yeux dans les yeux ?
Pour qu'une nouvelle fois elle te fuie !

 

Tu te mets à parler,
Tes yeux dans Ses yeux.
Oh, tu as les joues en feu,
Mais tu ne veux plus lutter.

 

Tu allais oser tout lui avouer,
Tes prunelles aux siennes assujetties.
Mais sa bouche s'est ouverte, comme sur un cri.
Cette fois, prends la peine de l'écouter.

Elle te lit sa lettre.
Un homme, l'amour de sa vie dit-elle.
Bien plus qu'une amourette, elle l'a vraiment dans la peau, plus qu'un ange ses ailes.
Tu ne suis pas tout, mais de la ralentir tu ne peux te permettre.

Au détour des mots,
Des détails te surprennent : serait-ce toi ? Tout de même...
Mais elle parle par énigmes, s'embrouillant parfois elle-même.
Tu n'es pas bien sûr et contiens péniblement ta libido.

 

Que tu es confuse !
Il ne t'entend pas.
S'il pouvait juste te prendre dans Ses bras...
Allons, lâche de ton cœur les écluses !

 

Bon sang, juste la prendre dans tes bras !
Ce désir violent,
Animal, si puissant...
L'avoir, à toi !

Elle s'est tue.
Elle te fixe, implorante.
Et murmure ton prénom, rougissante.
L'atmosphère n'en devient que plus tendue...

Commentaires (2)
  • fred

    elle est belle cette histoire, si belle et triste à la fois, si intense, quelle en ravive des choses, mais, elle est pleine d'espoir, d'envie, de désir, d'Amour
    merci, ça chamboule là

  • Plume Légère

    Merci pour vos mots, Fred.
    Je suis à court des miens, là...

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