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Elle n'aurait pas choisi ces draps pour le lit...
Les siens ont la couleur des radieux matins,
La légèreté et la fraîcheur du lin,
Son naturel et sa douceur aussi...
Elle n'aurait pas non plus opté pour ces arabesques en fer forgé :
Ses mains elle aime à faire courir sensuellement sur le bois,
Suivre de ses veines sombres le tracé
Particulièrement sur les meubles d'autrefois.
Oh, elle n'aurait pas été jusqu'à dessiner un lit-clos
Comme en utilisaient autrefois ses aïeux !
Elle tient trop au confort des dos,
Dans un grand lit on est bien mieux !
Pour ce qui est du couple... Commençons par la femme :
Sa parure de nuit est adéquate, pour faire de jolis rêves
Comme pour que dans les bras de l'homme elle se pâme.
Oui, elle est parfaite, jusque ce sourire mutin qui la commissure de ses lèvres soulève...
Mais ces mains...
Entrecroisées, si sages...
Elle, elle ne leur aurait point fait caresser le lin,
Leur permettant tous les vagabondages...
Là où décidément elle n'est plus d'accord,
C'est lorsque ses yeux se posent sur l'homme...
Quelle est donc cette horreur qui emprisonne son corps ?
Vite, qu'on lui confie une gomme !
Sur son torse, elle ne souffrirait nulle de ces affreuses rayures :
Sur-le-champ elle le déshabillerait,
Dévoilant une poitrine qui appellerait aussi bien les câlins que les morsures...
Voilà qui, à la femme du tableau, des idées malicieuses enfin donnerait !
Impudique, elle rejetterait aussi en un clin d'œil la couette,
Indifférente aux récriminations du duo,
Retirant au monsieur son pantalon de pyjama, tenue si désuète !
Nu, il serait tellement plus beau !
Il est probable alors que de nombreux détails seraient à modifier...
Les amoureux s'enfièvreraient,
Les peaux cherchant de tous leurs pores à se toucher.
La femme dans les bras de l'homme se retournerait...
Qu'adviendrait-il alors, que devraient peindre ses doigts malhabiles ?
La bouche féminine embrassant le buste de son amant ?
Les mains de l'homme palpant les seins graciles ?
Ou même deux corps s'étreignant, allant, venant, et jouissant ?
Elle n'est pas artiste.
Si longtemps qu'elle n'a tenu un fusain, une sanguine, un pastel...
Il est heureux qu'elle n'ait eu à jouer pour ce tableau les portraitistes :
Sa toile n'eut sans doute pas été consensuelle...

Par Cécile Veilhan
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