|
UN DRÔLE D'OISEAU
Tu n'es pas là, mais tu vas arriver. Bientôt. Très vite. Oui ? Oui ! Je le veux.
Si je ferme les yeux et que je prête bien l'oreille, je crois bien que je t'entends déjà.
Un instant, mon cœur, cesse de t'emballer... Chut... Retiens ton souffle...
Oui, ce sont tes pieds qui martèlent le sol du jardin...
Une question, stupide, je suis sûre que tu ne te l'es jamais posée. Moi non plus d'ailleurs jusque cet instant : tes pieds font-ils remonter les lombrics à la surface, comme le piétinement affamé des goélands ? Oui, drôle de question, je te l'accorde dans un éclat de rire ! Mais elle voulait s'étaler au grand jour, je ne l'ai pas endiguée ! Et pourtant, je souris de la réponse : je t'imagine suivi d'un cortège d'oiseaux, pépiant, piaillant, s'ébattant, se disputant les vers, les aspirant, en couple, jusqu'à s'embrasser à plein bec...
Le plus plaisant ? Rêver des plumes et des plumules voletant tout autour de toi, te caressant le visage, se déposant tendrement sur le bout de ton nez. Une mésange bleue oserait sans doute se lover dans le creux de ta main...
Trêve de balivernes !
Je continue de tendre l'oreille. Tes pieds, toujours eux, s'avancent maintenant à pas de loup sur le carrelage : je reconnais l'assurance chuintante de ton pas, la souplesse des muscles qui actionnent tes mollets avec retenue, pour ne pas troubler le silence et me surprendre. Mais, vois-tu, je t'espère, de toutes les fibres de mon être, depuis si longtemps : tes précautions sont inutiles...
Le plancher. Un craquement, ténu.
TU NE M'AS PAS ENCORE VUE.
Je t'attends. Fébrilement. En petite tenue.
Je n'ai pas oublié que tu me préfères sans dessus ni dessous. Mais, si tu n'étais pas venu, de quoi aurais-je eu l'air ?
En petite tenue donc. Rien d'extraordinaire. Un shorty, un soutien-gorge, le tout drapé d'un déshabillé. J'ai hésité : rouge ou noir ? Sur ma peau blanche, les deux te font leur effet. J'ai finalement opté pour le noir : ce soir, c'est pleine lune, et je sais que tu aimes que ses rayons jouent sur ma peau, en noir et blanc.
Dans le recoin, là. Sombre. Je ne fais pas se balancer le fauteuil. Discrète. Inquiète un peu aussi. J'avoue ? Pleine de désirs...
JE T'ÉCRIVAIS.
J'ai posé sur le repose-pieds, avant que tu ne passes le perron, les feuillets sur lesquels a coulé l'encre bleue de ma plume. J'écrivais. Je t'écrivais. Je nous écrivais, pour toi. De mon écriture de maîtresse. Des pleins et des déliés, lisses si l'on n'y jette qu'un œil ; ronds, doux, appétissants pour un regard plus averti. Le tien, par exemple.
Enfin, je m'essayais à nous écrire, comme autrefois. L'encre a coulé... Hum. Oui. Mais après avoir griffonné une cinquantaine de vers malhabiles, j'ai juste recouvert trois feuilles de ton prénom. En tout petit. Parfois même, j'ai repassé sur les lettres, comme pour les graver une à une et ne pas les oublier. Comme pour ne jamais t'oublier, toi.
Mais ma plume courait tout à l'heure, inventant nos étreintes.
Faux ! C'est faux, et tu le sais. Ma plume ne sait inventer. Broder parfois, mais tout est toujours cousu de fil blanc : nous, pour de vrai. Sans pudeur, moi qui suis si pudibonde. Nous, exactement comme dans mon cœur. Comme au plus chaud de mon ventre.
Mais avec réserve tout de même. Toute une réserve de secrets...
Ces derniers temps, elle éprouve d'ailleurs quelques difficultés à raconter, ma plume. Peut-être le papier est-il de moins bonne qualité ? Elle ne glisse plus comme cet été, bute contre certains mots, s'accrochant comme le ferait un maladroit en se prenant les pieds dans un tapis.
Je te dis la vérité encore ? Oui, toujours, c'était ma première promesse ! Ce n'est pas le papier qui est à blâmer : je pourrais bien n'en acheter que du couché, ma plume ne serait pas plus prolifique...
La réalité, c'est que j'ai la tête vide d'images, la bouche sèche de mots, les doigts arthritiques sitôt qu'ils tiennent un crayon ou caressent un clavier. Et puis, le cœur mélancolique, la libido en berne. La voilà, la vérité. Pfff. Et pourtant, mes sentiments sont bien là, encore, toujours.
Alors ? Alors, plus les jours passent, plus j'en viens à douter. De ce que j'ai été, le temps que durent les fruits rouges. De ce que je suis à présent. De ce dont je suis encore capable.
TES MAINS, TA BOUCHE. TES YEUX !
Mais vois, ce soir je souris : tu es là. Tu ne m'as pas encore vue et mon cœur s'emballe déjà.
Je devine tes mains dans la pénombre. Tes mains qui savent si bien me faire frissonner de la tête aux pieds lorsque dans mes cheveux elles s'aventurent, les effleurant du bout des doigts. Tes mains qui savent si bien me faire frémir lorsque ma peau elles sillonnent. Tes mains qui savent si bien me faire m'entrouvrir, éclore, m'épanouir...
Je distingue à peine ta bouche, tes lèvres charnues, gourmandes. Qui, lorsqu'elles se posent sur les miennes, m'alanguissent à m'en tourner la tête. Qui, lorsqu'elles descendent jusque mon cou, ne savent plus si elles doivent embrasser, lécher ou mordre. Qui, lorsqu'elles dégringolent le long de mes seins et se faufilent entre mes cuisses, cambrent mon corps...
Tes yeux !
Tu as tourné la tête vers moi. Mon cœur s'arrête soudain. Une crampe dans la poitrine. Douloureuse. Mes joues qui rougissent, mes pupilles qui se dilatent. Un tremblement tout-à-coup. Non de froid, juste de désir. La chair de poule qui me parcourt de haut en bas, ma nuque, mon dos, mes muscles qui se raidissent dans l'attente. Et puis... Oui, mon ventre qui se raidit, mes jambes qui se resserrent l'une contre l'autre. Comment juste un regard peut-il me faire cet effet-là ? Depuis la première fois. T'en souviens-tu ? Je ne parvenais à le soutenir, trop intimidée.
TON SOURIRE. TOI.
Ton sourire à présent. Presque carnassier. Ta langue qui passe sur tes lèvres en signe de gourmandise, comme un loup qui se pourlécherait les babines devant une brebis se désaltérant au ruisseau. Une autre image dans mon esprit : comme ma Princesse qui me regarde lui préparer un bon petit plat et qui en salive à l'avance, les yeux brillants, sans pouvoir dire un mot !
Ta main quitte la rambarde de l'escalier qui t'a mené à moi. Trois pas et te voilà. Imposant pour moi, recroquevillée au fond du rocking-chair. Je suis dans mes petits souliers à présent, triturant le col de mon déshabillé, qui porte bien son nom, et essayant vainement de l'allonger, qu'il descende sous mes genoux... Tenue trop légère, trop suggestive. Bien trop audacieuse. Pas vulgaire, pas non plus indécente pourtant, mais je me sens nue, déjà.
AMUSE-BOUCHES
Pas un mot.
Hé ! Non, non, non ! Relève-toi ! Oh, pfff...
Agenouillé. À mes pieds. Et pourtant, si maître de la situation.
D'un doigt, un seul, l'index si je ne me trompe, tu défais ma ceinture. Ma poitrine me semble bien trop éclatante, on ne voit plus qu'elle dans cette pénombre ! Gonflée, laiteuse. Peux-tu deviner les palpitations qui la traversent ? Tu ne vois sans doute que cela...
D'un doigt, un seul, et là je ne saurais dire lequel puisque machinalement je ferme les yeux, tu caresses ma jambe gauche, de ma cheville à mon genou. Tendrement. Délicatement. De bas en haut, puis de haut en bas.
Mais cela, très vite, ne te suffit pas, et tu remontes jusque ma cuisse. Sur le devant, à l'intérieur. Je tressaille chaque fois que tu approches le tissu qui dissimule la plus intime de mes bouches.
D'un doigt, un seul, tu en franchis alors les limites. Je ne retiens pas le "Oh !" qui arrondit mes lèvres. Tu ne réagis même pas. Peut-être te fais-tu juste plus assuré dans tes mouvements. Ce doigt qui s'est faufilé sous la dentelle est hardi, comme en territoire conquis. Pourtant, je ne lui facilite pas la tache. Pas encore. Si envie et si craintive à la fois... Toujours cette peur que ce ne soit moi que tu voies dans mes yeux, mais une autre, méprisable, juste... baisable.
Tu ne me laisses pas le temps de sombrer. Ton doigt me ramène à notre réalité. Juste toi, moi, notre amour et notre envie.
Et puis, ton doigt s'en va, aussi prestement qu'il était venu.
Frustrée. Tu me laisses frustrée. À peine humide, mais le ventre tordu.
Des deux mains, une fesse dans chacune, tu me fais glisser au bord du fauteuil et, avant que je n'aie le temps de réaliser, ta bouche embrasse le noir tissu vertueux. Je tressaute, électrisée.
D'un doigt, encore, tu écartes l'inopportune étoffe et laisse ta langue se hasarder à ma rencontre. Tout d'abord pétrifiée, je me concentre et vais même jusqu'à me trémousser pour m'offrir mieux encore à ta caresse.
Tu m'aides à retirer le shorty qui t'entrave dans tes délicieux mouvements, et plonges à nouveau au creux de moi.
Chaude. Trempée.
Mes pieds se posent sur ton dos. Je savoure. Une pensée, fugitive, pour le tableau que nous offrons : dégoût ? Honte ? Non... Je fonds...
Mon plaisir monte sous tes coups de langue, tantôt délicats, tantôt appuyés, sous tes mordillements et pincements. Mon souffle s'accélère, mon pouls aussi...
POUR UNE AMBIANCE PARTICULIÈRE
"Ne bouge pas."
Tu te relèves et sors quelque chose que je ne vois pas de ta poche. Une boîte, semble-t-il.
"Ferme les yeux."
Je m'éxécute, avide de toi, encore.
"Écarte les jambes."
Un embrasement des joues. Mais tu en as l'habitude.
Un objet. Froid. Si froid ! Qui me pénètre pourtant sans effort.
Qu'est-ce ? Tu ne me répondras pas si je te pose la question...
"Et maintenant, habille-toi : ce soir, nous sortons."
Une nouvelle fois, ce sentiment de frustration. Mais accompagné d'un autre : l'excitation...
Je ne veux te faire languir et me redresse. L'objet bouge en moi. Un léger bruit, comme de deux corps qui s'entrechoquent pour trouver leur place. J'y suis : des boules de geisha... Juste, comme tu me l'as dit la première fois, "pour nous mettre dans une ambiance particulière, et si cela muscle le périnée, tant mieux !"
PRÉPARATIFS
Tu n'es déjà plus dans la pièce.
J'entrouvre la vieille armoire dont la porte tourne en grinçant sur ses gonds. J'en sors une paire de bas en satin noir, décoré d'une grande jarretelle de dentelle. Le porte-jarretelles est juste à côté.
Assise sur le rebord du lit, je plie l'une de mes jambes pour enfiler le premier bas. Un éclat de rire et une constatation : il va me falloir rester concentrée ce soir si je ne veux pas attirer l'attention sur moi... L'une des sphères tente de prendre la poudre d'escampette, je me dois d'exercer une plus forte pression pour qu'elle n'y parvienne...
De dessous parée, je choisis une jupe et un chemisier joliment échancré. Je sais que tu aimeras. Et je te rejoins, après avoir descendu les quelques marches dans une position... incommode.
Joliment chaussée et emmitouflée dans ma cape, je te demande où nous allons. Tu me dévisages, sembles me juger et apprécies visiblement ce que tu vois puisqu'un sourire se dessine sur tes lèvres. Suivi d'un silence. J'avoue que je ne m'attendais pas à ce que tu me répondes. Te faire confiance et te suivre donc ! En contractant mon bas-ventre...
Une de tes mains sur le volant, l'autre sur la chair de ma cuisse.
PAR LA FENÊTRE
Moi, je ne pense à rien, je souris juste en regardant par ma vitre. Dehors, la nuit est déjà tombée. Le ciel est dégagé, la Lune luit et semble nous sourire. De loin en loin, une lumière dans l'obscurité grise. Je me plais à imaginer ceux qui l'ont allumée : un couple prépare-t-il amoureusement le repas du soir en se mangeant des yeux ? Non, en nous approchant, je m'aperçois que la lueur provient de l'étage de la maison : des enfants qui se mettent en pyjama pour la nuit ? Une homme seul, étendu avec un livre et une cigarette ? Deux vieux époux qui aujourd'hui ne s'adressent plus la parole et se tournent le dos dans une même couche, sans émotion ? Ou des amants clandestins qui se goûtent à corps perdus, désespérément, avant que la nuit ne s'achève ?
Eux, je les vois bien d'ici, je perçois même leur souffle brûlant. Je devine leur après-midi, avant d'en arriver là : ils se sont fixé rendez-vous à la terrasse d'un café et se sont assis sous la caresse du soleil. Face à face. Séparés par une petite table ronde. À portée de mains en somme. Autour d'eux, l'on papote, l'on éclate de rire, l'on manque à chaque instant de renverser les verres emplis de liquides aux couleurs rafraîchissantes, les cafés fumants. Elle, les yeux baissés, les joues rosies, ne sait que faire de ses dix doigts, triture le pendentif autour de son cou, caresse machinalement le bord de sa tasse de thé. Lui est un peu plus bavard mais tout aussi ému. Parlant tous deux de tout et de rien, pour combler le silence. Riant aussi. Le cœur sur le point d'exploser. L'envie de se donner la main, de courir comme des enfants dans les rues à la recherche d'un endroit où se prendre dans les bras, où s'embrasser à perdre haleine, où se faire l'amour...
Ils y sont à présent... J'assiste à leurs premiers ébats, voyeuse imaginaire. Ils sont là, dans cette chambre. Ils ont gardé la lumière allumée pour graver chaque seconde dans leurs pupilles, pour ne pas se perdre des yeux un seul instant. Faire de cette nuit un souvenir unique, inoubliable.
Assis sur le bord du lit. Empruntés. Si touchants. Avides l'un de l'autre, mais n'osant encore céder à leur désir. Lui fait le premier geste : il passe tendrement son pouce sur ses lèvres, à elle. Elle ferme les yeux, sent sa main qui se promène sur sa joue, descend le long de son cou. Il se penche vers elle. Elle l'a deviné au mouvement du matelas sous elle. Elle garde les yeux clos et attend, tout à la fois craintive et délicieusement tendue. Elle espère...
Oui, pour cette lumière dans la nuit, voilà l'hypothèse que je préfère...
À TABLE
Nous y sommes. Perdue dans mes rêveries, je n'ai pas vu les kilomètres défiler. Tu me regardes : qu'as-tu deviné de mes pensées ? Tes yeux brillent.
Un restaurant donc. Deux étoiles. Beaucoup de voitures déjà. Et le rouge qui me monte aux joues : comment dissimuler mon trouble devant tous ces gens ?
Déjà tu claques ta portière. Ne pas reculer, te rendre fier... Relever la tête, te donner la main, et sourire...
L'on me débarrasse de mon manteau pour nous faire pénétrer dans la grande salle de cette ancienne maréchalerie. Quelques regards se braquent sur nous, que j'évite de mon mieux.
L'on nous installe : une petite table près de la baie vitrée. Dehors, je distingue la silhouette de trois arbres majestueux. La Lune me fait un clin d'œil et se couvre d'un nuage léger.
Un serveur recule ma chaise pour que je m'asseye. Une longue nappe bleue touche presque le sol, recouverte par une plus petite, blanche : je m'y emmêle un peu les jambes, mais ce monsieur ne le remarque heureusement pas.
Tandis qu'il s'éloigne, mes yeux volettent de-ci, de-là. L'ambiance est intimiste. Des lumières dorées réchauffent la pièce comme le feraient les flammes dansantes d'une cheminée. Au plafond, une voûte étoilée invite au romantisme. Autour de nous, des couples, embourgeoisés dirais-je. Des femmes maquillées à outrance, coiffées à la Grace Kelly, vêtues de robes de soirée. Et leurs hommes, costumés, souriants de toutes leurs dents.
Je suis mal à l'aise. Trop "petite" pour le lieu, pas suffisamment distinguée. Tu dois être si gêné...
Le serveur de tout à l'heure revient et nous tend le menu. Obséquieux. Je me noie. Et plonge dans tes yeux, pétillants. Tu te penches vers moi :
"Crois-tu que l'une d'entre elles portent des boules de geisha ce soir ? Non, sans doute. Regarde-les bien : si maniérées, si guindées. Je t'aime."
Un picotement, le chatouillis d'un papillon. Une bouffée de chaleur sur mon visage et un sourire revenu. J'ai faim soudain !
La carte regorge de noms de plats tous plus poétiques et alléchants les uns que les autres, mais je serais bien en peine de m'en faire une représentation...
Nous optons pour le même menu, pour partager les mêmes sensations tout au long de la soirée. Je saurai ce qui fond dans ta bouche, ce qui excite tes papilles...
Le sommelier entre à son tour en scène, mais je ne l'écoute pas : je ne connais rien à son jargon, je ne bois pas. Je te regarde, toi. Tes lèvres qui parlent avec lui, que j'ai déjà tant embrassées... Il n'y pense bien sûr pas, mais comment réagirait-il sinon ? S'il envisageait que nos bouches maintes et maintes fois se sont accolées, tendrement ou fougueusement. Que nos langues se sont cherchées, trouvées, caressées, enroulées l'une autour de l'autre. Que la mienne aime particulièrement lécher la peau de ta lèvre inférieure, tant je raffole de ce tressaillement qui ne manque jamais de te parcourir...
Un sourire... Ta main vient de passer machinalement sur cette lèvre, comme si cela te chatouillait. Peux-tu lire dans mes pensées ? T'aimé-je à ce point que tu me sentes contre toi, autour de toi peut-être aussi, à distance ?
Tu me jettes un œil, à la dérobée. Je lis dans ton regard mi-amusé, mi-interloqué, que tu as surpris mon sourire. D'ailleurs, le sommelier parti, tu te penches vers moi :
"À quoi pensais-tu à l'instant ? Sans réfléchir, dis !
- À ta bouche. Envie de l'embrasser, là, devant tout le monde."
Je m'avance d'ailleurs sur le rebord de ma chaise et m'appuie des deux mains sur la table, tendue vers toi. Le bassin contracté...
Tu le fais exprès, je le sais bien. Tu ne bouges pas vers moi, stoïque sur ton siège. Presque moqueur. Tant pis : je veux un baiser, je l'aurai ! Debout. Mes seins au-dessus de nos verres. Je devine même, du coin de l'œil, l'homme, là, presque face à moi, qui me regarde. Qu'importe. Remarquée je suis, autant aller au bout de mon geste. Tu éclates de rire, saisis mon cou pour m'attirer vers toi, et me baises les lèvres sans retenue.
En me rasseyant, je ne peux m'empêcher de dévisager l'homme. Il n'est pas seul. Sa compagne, qui me tourne le dos, les cheveux impeccablement tirés à quatre épingles, est assise, bien droite. Blonde platine. Lui a les yeux qui papillonnent d'elle à moi. J'attends de pouvoir les capturer et lui décoche un grand sourire. Confus, il détourne la tête, pour me lorgner à nouveau. Il ne fera, je crois, plus que cela de la soirée...
Mais laissons-le à son trouble : j'ai faim !
AVALANCHE DE PLAISIRS
Je ne me souviens plus vraiment de ce que nous avons mangé. J'ai bien retenu les noms de certains ingrédients, mais je ne saurais plus décrire le contenu de chaque assiette. D'autant qu'elles furent pléthore...
J'ai pourtant encore, sur le bout de la langue, la saveur de cette barbe à papa, arrosée d'un sirop épicé. Sais-tu l'image qui m'a traversée en la déposant sur ma langue et en la sentant fondre ? Je nous ai vus, étendus nus, très haut, à pouvoir toucher le ciel du bout de nos doigts, riant de pouvoir attraper le coton des nuages, de l'effiler de nos phalanges afin d'en confectionner nous-mêmes nos barbes à papa, chacun enroulant son fil sur l'index de l'autre. Je nous ai vus ensuite les lécher, les sucer, sensuellement, nos yeux vissés les uns aux autres, exprimant nos désirs de nous goûter... Brrr. Frissons à l'évoquer !
Mes papilles frémissent également encore à l'idée de cette tartelette, citronnée : elles se trémoussent au souvenir de l'explosion qui a suivi... Une surprise. Un saut en arrière. Un goût d'enfance, de rires insouciants, de vacances qui durent, durent, durent... Un crépitement, et puis... Vite, bien fermer la bouche et laisser s'y déchaîner les éclats de bonbons, comme autrefois. T'en rappelles-tu ? Ces sachets que nous déchirions avant de déposer sur le dessus de nos langues quelques miettes qui s'en donnaient à cœur-joie, éclatant contre nos dents, notre palais. Je riais en dedans à chaque "Clac !" et pouffais quand mon frère, lorsque ses pépites avaient diminué, ouvrait grand ses lèvres pour me montrer les sucreries qui sautaient... Je n'en ai jamais retrouvé depuis...
Et puis... Comment parler de ce repas sans évoquer mon désir de te déguster à ton tour, de te faire fondre, comme un carreau de chocolat tenu bien fort par les doigts boudinés de ma fillette ? D'aiguiser ton appétit, à la barbe de nos voisins de table.
Je l'ai fait... Je n'ai pas pensé à te demander si j'y parvenais, mais, à un certain signe qui ne trompe pas, vigoureux, je crois ne pas m'avancer de trop en affirmant que oui...
J'ai su rester discrète, n'est-ce pas ? Bon, peut-être cet homme, là, face à moi, s'est-il douté de quelque chose. Sans doute lorsque j'ai dû me glisser un peu au bord de ma chaise.
Parce que, pour retirer ma chaussure, j'ai été d'une délicatesse absolue : mon bras droit a nonchalamment chu contre l'assise de ma chaise tandis que je levais mon pied, invisible sous la longue nappe. Il ne m'a pas été difficile ensuite de défaire du bout des doigts la boucle de mon escarpin...
Oui, vraiment, la partie la plus périlleuse a été pour t'atteindre : je ne pensais pas que tu étais si loin de moi, ou que j'avais la jambe si courte ! Lorsque je l'ai tendue, mon pied pouvait à peine frôler la toile de ton pantalon du bout des orteils !
Je me suis assise, tout au bord de mon siège, et ai recommencé mon manège : toujours trop juste, tu ne m'as même pas devinée. Je me suis avancée, encore un peu, dans une position inconfortable je peux bien te le dire maintenant, puisqu'il me fallait continuer de crisper mon périnée. Mon pied a finalement trouvé l'endroit idéal pour se poser : le renflement de ton entrejambe. Si, si, renflement il y a eu, dans la seconde, alors même que je me noyais dans tes yeux médusés, les lèvres amusées...
Qu'était le plat devant nous à ce moment-là ? En as-tu profité, toi ? J'étais trop concentrée sur ma caresse, étirant mon pied vers ton bas-ventre et le faisant glisser passionnellement entre tes cuisses : du mets qui offrira peut-être sa troisième étoile au chef de cette auberge ne me reste que la volupté de ton sourire !
Sous ma voûte plantaire, tu as tressailli, gonflé, durci. Je te devinais à l'étroit dans ton caleçon mais ne pouvais décemment pas te soulager... Non, je t'assure : les yeux-papillons qui sans cesse vers moi revenaient auraient tout de suite compris que je ne m'étais pas absentée pour aller aux toilettes... Se seraient-ils juste agrandis, commandant à leur cerveau de faire se dresser le pénis qui pendouillait lamentablement devant cette femme trop bien coiffée, ou auraient-ils hurlé à leur bouche de crier au scandale ? Je n'ai pas osé vérifier. Tout de même !
Et puis le serveur est revenu vers nous, il m'a bien fallu me rasseoir plus correctement...
DE LA FIN DU JOUR AU CREUX DE MES REINS
Était-ce d'avoir malmené mon appétit d'oiseau ? Était-ce le bien-être, le bonheur de cette soirée en amoureux, la chaleur de ta main sur la peau de ma cuisse ? Je me suis endormie sur le chemin du retour, après avoir fait un clin d'œil aux étoiles. J'étais si bien...
Dans notre chambre, je me suis dévêtue à la hâte, frileuse. Je voyais par la fenêtre une fine écharpe cotonneuse s'enrouler autour de la Lune, pour l'aider à passer confortablement sa nuit de guet.
Je t'ai tourné le dos, comme si souvent. En venant te blottir contre moi, tu as fait un courant d'air avec la couette. Je crois bien que j'ai ronchonné. Mais ton bas-ventre était si chaud lorsque tu es venu te coller à mes fesses que je me suis tu, ronronnant presque. Tu t'es ajusté le mieux possible à mes formes, glissant ta cuisse par-dessus les miennes, passant ta main sur mon sein gauche et calant tes lèvres à la base de ma nuque.
Il me semble que nous nous sommes endormis ainsi.
Je ne sais combien de temps nous avons sommeillé. J'ai par contre un souvenir très précis, très doux, très tendre, de m'être à demi éveillée au cœur de la nuit : tu étais en moi et glissais lentement, amoureusement, les mains sur mes hanches. Je n'ai pas tout de suite compris, à la lisière des rêves encore, mais dans mes paupières closes se dessinait la Voie Lactée, si étincelante... Je me suis reculée vers toi, insensiblement, et je suppose que j'ai gémi de plaisir. Les astres scintillaient si fort dans mes yeux et soudain je ne vis plus que du bleu...
|
J'aime beaucoup ce "Fouillant la...
Une très belle idée que se frotter au...
Quel dommage de ne m'avoir laissé vot...
Je n'ai plus de l'arme que le goût in...