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Elle en avait déjà enjambé le seuil,
Deux ou trois ans auparavant.
Un minuscule penty,
Au bord de la rivière :
Tout de pierres construit,
Il avait dû autrefois être charmant.
L'air embaumait le chèvrefeuille.
Elle aimait habituellement ces lieux,
Dans lesquels elle écoutait les vestiges du passé :
Elle touchait les murs,
Leur donnait la parole.
Du bout des doigts elle caressait leurs blessures,
Percevait les rires envolés.
Mais pas là. Là, elle avait senti se hérisser ses cheveux.
Il y avait dans le chaos tant de tristesse...
Elle avait entendu la complainte monotone d'une femme
Qui berçait inlassablement son enfant.
Et puis des cris, affreux, des pleurs,
Des râles, des étouffements.
Des bleus aux corps, des bleus à l'âme.
Et la mort, enfin, comme une délivrance. Elle avait fui, en grand état de stress.
Depuis, elle passait près de cette demeure chaque jour,
Sans jamais oser tourner la tête vers elle, en contrebas.
Le matin, le soir :
Jamais ses yeux ne quittaient la route.
Il lui semblait que juste l'apercevoir
Mènerait son cœur à la lisière du trépas.
Elle parvenait à mi-côte, le souffle déjà court.
Le temps de franchir le stop sans risque,
Elle retenait, sans même le remarquer,
Sa respiration,
Se sentant toute chose.
Quand les pneus faisaient jaillir les gravillons,
Elle recommençait enfin à inspirer
Et filait comme, devant un guépard, une damalisque.
Ce jour-là, il faisait beau.
Beau et même chaud, pour la saison.
Elle marchait en donnant parfois à son homme la main,
Dans la lumière dorée du jour qui fatigue
Mais ne veut pas encore céder la place à demain.
Elle fleurait bon le savon
Qu'elle avait fait mousser sur sa peau un peu plus tôt.
L'on eut dit un bonbon :
Délicatement enveloppé dans une robe blanche d'été,
Son corps, relaxé et doux,
Exhalait la violette.
Lui, il avait envie de la croquer en commençant par le cou,
Mais se contenait, la regardait photographier
Ici une herbe, là un bourdon.
Sur sa peau de lait,
Il repérait la beauté en grains
Et tendait machinalement la main vers elle,
Pour la caresser, se l'approprier un peu.
Elle, ingénue, s'échappait sans l'avoir vu, à tire-d'ailes,
Avait de ces gestes mutins
Qui en haleine le tenait.
Elle s'arrêtait pour éclater entre ses doigts
Un fruit de phalangère à fleur de lys
Et son rire coulait,
Limpide comme l'eau d'un gave.
Sa robe virevoltait,
Sans malice,
Et le mettait en émoi.
Ils étaient ainsi arrivés à hauteur de la vieille maison.
Le soleil réchauffait la façade mangée de lierre
Et des pervenches couvraient le sol,
Coquettes,
Déployant leur corolle.
Ils avaient dirigé leurs pas vers la chaumière
Sans concertation.
Nulle appréhension ne comprimait cette fois son cœur :
Près de lui, elle se sentait en sécurité
Et, pour tout dire,
Ses sens, en éveil,
Ne captaient que murmures et soupirs de plaisir,
Amour et joyeusetés.
Ce foyer n'avait pas abrité que des pleurs...

Ils pénétrèrent.
La porte, encore bleuâtre par endroits,
Pivota sur ses vieux gonds,
Dévoilant un fouillis indescriptible :
La demeure était restée longtemps à l'abandon,
Servant peut-être encore, ça et là, de toit
À un pauvre hère.
L'on racontait aux alentours
Que le jeune couple qui s'était installé là
Était très amoureux.
Et puis les aléas de la vie
S'étaient abattus sur lui, insidieux :
L'homme, désespéré, mère et fille un jour tua,
Avant de se pendre à son tour.
Les gendarmes étaient arrivés trop tard.
Les commères chantaient désormais,
À qui voulait bien les écouter
L'amour infini et la misère,
Donnaient d'exquises précisions aux curieux étrangers :
"La Marie donnait le sein au bébé et chantonnait ;
Et soudain deux coups, comme deux gros pétards..."

Parmi les meubles vermoulus tombés ou jetés au sol,
Le rouge flamboyait encore, sur une nappe qu'avait autrefois choisie Marie.
Un panier à salade, une grande marmite en fonte, une bassine...
Sur la droite, une échelle de meunier.
Tout en haut, le lit où la jeune femme, la nuit, se montrait mutine
Et celui de l'enfant chéri.
Invisible mais perceptible, un rossignol.
Où poser les pieds, l'on ne savait trop,
Aussi progressaient-ils lentement,
Pour ne rien déranger des vestiges las.
Elle glissait les doigts sur les murs,
Et soudain ce qui semblait un cœur elle repéra :
Ici, elle en était sûre, s'étaient tenus deux amants.
Elle ressentait dans l'air leur souffle chaud.
Des images venaient à elle,
D'une femme, Marie probablement,
La jupe retroussée,
Le dos appuyé contre le mur
Tandis que son homme, le membre érigé,
Allait et venait, d'aise soupirant.
Elle sentit ses joues rougir malgré elle.
Eut-il la même vision ?
Devina-t-il le trouble qui la traversait ?
Il attrapa son poignet gauche
Et, le nez dans son cou,
Y déposa d'un baiser la première ébauche.
Elle ne s'échappait ni même ne reculait.
Marie lui souriait, en imagination.
Elle n'était pas exhibitionniste
Et imaginer une présence voyeuse
Aurait habituellement jugulé sa libido.
Pas ce jour-là.
Ses émotions à fleur de peau,
Elle se faisait aguicheuse
Pour lui qui allait se montrer symphoniste.
Elle se tenait face à lui,
Plongea ses yeux dans les siens.
Il lui était difficile de les soutenir sans se sentir nue
Mais il lui maintenait le menton relevé,
Penchant vers elle sa bouche lippue.
Elle pressa contre lui ses seins
Et à ses lèvres se suspendit.
Il était affamé.
Ce n'était pas un bisou, pas un baiser : il la dévorait.
Il avait forcé le barrage de ses dents
Et sa langue s'engouffrait, possessive.
Elle s'efforçait de calmer ses ardeurs, ses babines léchant.
Ils se mêlaient, s'emmêlaient, se démêlaient,
Sans même prendre le temps d'inspirer.
Il la caressait des deux mains.
Non, la pétrissait, de la poitrine jusqu'aux fesses.
Et elle se dandinait, se haussant parfois sur la pointe des pieds.
Se serrant contre ses cuisses
Dans un petit mouvement du bassin, régulier.
Il avait glissé ses doigts sous la robe, sans aucune délicatesse
Et s'acharnait à présent à mettre à nu son vagin.
Sa culotte tomba sur ses chevilles.
Pour ne point la piétiner elle s'accroupit,
Pensant la ramasser et retrouver entre ses bras sa place...
Mais à terre, elle se trouva dans une posture si indécente
Qu'elle força son audace :
Elle roula son sous-vêtement en boule dans sa poche à lui,
Et ne s'offusqua à la pensée qui lui vint, pensée de mauvaise fille.
Les genoux à terre,
Tout juste vêtue d'un peu de dentelle,
Elle caressa, par-dessus son pantalon,
Tendrement mais fermement,
Le sexe camouflé de son compagnon.
Elle ne voulait pas l'amener ainsi au septième ciel,
Juste lui offrir une vision, aux convenances si contraire.
Elle le sentait désireux de se tendre à la caresse,
Comme un serpent à sonnette dressé devant les gestes de son charmeur,
Aussi lui ouvrit-elle la porte de sa prison,
S'amusant de le voir hésiter entre érection et repos.
Elle le frôlait de la paume de sa main, en douceur,
Car c'est ainsi, avec patience et gestes doux, que les animaux l'on dresse.
Lorsqu'il se tint bien droit et sage,
À sa bouche elle le porta,
Délicatement.
Il avait réussi l'exercice,
Il fallait le récompenser d'un en-cas !
Elle le flatta du bord des lèvres, en un doux massage.
Elle devinait que ses yeux s'emplissaient de la vue offerte :
En photographe amateur,
Il savait à présent composer de jolis tableaux,
Concentrer l'éclairage en un point particulier,
Orienter lignes et courbes, à fleur de peau.
Il devait contempler son membre joueur
Pénétrer plus avant sa bouche ouverte...
Elle rougit.
Il maintint son visage entre ses deux mains,
Le fit aller et venir,
Avec assurance mais gentillesse.
Elle vit ses pupilles s'agrandir,
Et Marie qui souriait, dans un coin.
Elle se sentit soudain si vivante, si...
Il s'était reculé
Et se contenait de jouir.
Croiser son regard l'avait troublé
Et sa buccale caresse était si divine...
Il lui demanda de se lever, de se retourner.
Elle ne pouvait qu'obéir.
La maison craquait de soupirs énamourés.

Il lui posa les deux mains bien à plat
À l'endroit même où elle croyait avoir vu l'esquisse d'un cœur.
Il s'agissait en fait de l'empreinte d'un morceau de plâtre,
Tombé à même le sol.
Elle l'encadra de ses mains d'albâtre,
Troublée : sous ses paumes se devinait d'une autre femme la chaleur :
Combien de fois Marie s'était-elle offerte là ?
Il releva sa jupe, dévoilant ses blanches fesses,
Et, sans effort, la pénétra.
Elle vacilla, les pieds mal campés dans les feuilles mortes,
Mais il la retint, s'enfonçant plus profondément
Et, pour rétablir son équilibre, lui pressant l'aorte.
Par les voliges en éclats,
S'échappa un cri. De plaisir, bestial, non de sage tendresse.
Combien de temps cela dura-t-il ?
Elle écarta davantage les cuisses,
Afin d'assurer ses appuis,
Facilitant ainsi les impérieux mouvements.
Il la guidait par les hanches, enchaînant rythme alangui
Et possession musclée ; elle accusait tous ses caprices,
Elle-même si fébrile.
Elle eut encore une ultime pensée pour Marie,
Crut entendre s'approcher un voisin,
Rougit et voulut ralentir...
Il l'en empêcha.
Dans le silence ambré l'on ne pouvait ouïr,
Outre le gazouillis des oiseaux dans le vieux jardin,
Qu'un bruit.
Celui que fait parfois l'eau dans un port
Lorsqu'elle se faufile entre le quai et un bateau :
Un bruit mouillé,
De succion.
Le pénis de son compagnon, fermement érigé,
S'emboîtait en son vagin comme une dague dans son fourreau,
Y glissait, moite, allant et venant encore et encore.
Ses mains sur le mur
Tantôt étiraient leurs doigts,
Tantôt se crispaient sur le salpêtre
Tandis qu'il la fouillait.
Elle sentait monter la vague de bien-être,
En gémissait d'émoi :
Oubliés les murmures !
Il fallait mettre un terme, momentanément,
À cette folle envolée.
Retrouver son souffle, sagement.
Tout au bord du précipice
Reprendre son élan.
Et puis sauter
Jusqu'au septième ciel, en riant.
Elle coupa court à la bagatelle
En ralentissant peu à peu,
Et prétexta la nécessité, sachant la période féconde, de s'encapuchonner.
Il grogna, lui mordilla le cou, s'enfonça une fois encore,
Mais elle insista, obstinée :
Ne savaient-ils pas tous deux
Que dans son porte-feuille il y avait toujours de quoi s'abandonner sans crainte au jeu sexuel ?
Il s'accroupit alors,
Ramassa à ses pieds son pantalon
Et explora ses poches
En grommelant, maladroitement.
Elle tenta, pour le calmer, une approche
Et son sexe, luisant, caressa sur tout son long.
Elle savait l'amadouer, lui, si vif, si fort...
Il tressautait dans sa main,
Comme mû d'une vie propre. La fouettait, presque.
Elle le voulait sentir dans son ventre,
Ferme, décidé,
Propriétaire de son antre.
Son esprit pourtant romanesque
Ne s'encombrait pas de savoir d'où venait son besoin.
Elle saisit entre le pouce et l'index le préservatif
Qu'elle porta à sa bouche, non sans relever un instant vers lui les yeux.
Ses lèvres douces pour le protéger des morsures s'arrondirent.
Elle aspira délicatement le réservoir
Et, collant son visage contre son bassin, le sentit frémir.
Elle déroula alors, lentement, fermement, en s'aidant de ses doigts, un peu,
L'enveloppe jusque la base de son pénis, pas du tout rétif.
Puis elle se releva,
Du bout de la langue, l'embrassa furtivement,
Et se retourna, mains contre le mur,
Cambrée.
Il trouva tout de suite le chemin, de lui si sûr,
Et entreprit de la posséder, avidement.
Elle s'arc-bouta.
Il la tenait par les hanches,
Allait, venait, se regardait en elle disparaître.
Ses jambes à elle parfois ployaient
Tandis qu'elle creusait les reins :
Et impudiquement s'offrait.
Une mésange vint se poser sur le rebord de la fenêtre.
L'air embaumait la pervenche.
C'est lorsqu'il glissa l'une de ses mains à l'orée de son sexe
Que tout contrôle elle perdit.
Il se faisait inquisiteur,
Exacerbait son clitoris :
Elle se mit à haleter, à se tordre de tant de douceur,
À se trémousser sur lui.
Elle avait tout oublié de ses complexes.
Elle sentit alors en elle qu'il se contractait,
Puis les spasmes de sa jouissance.
Fermant les yeux elle sourit,
Et au plaisir s'abandonna
Sans pouvoir retenir un cri.
Il la tint longtemps encore contre lui après la danse
Tandis que leurs muscles se détendaient.
Lorsqu'ils s'en allèrent,
L'esprit en paix elle câlina du plat de la main le mur qui l'avait soutenue,
Fit un clin d'œil à la nappe de Marie
Et sursauta :
Dans un coin, une bassine emplie d'eau croupie
Et une grenouille au regard soutenu
Qui croassa, dérangée dans son confort solitaire...

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