Le temps des cerises
Écrit par Plume Légère   
Mercredi, 30 Juin 2010 15:48

Elle a tout préparé,
À l'ombre du figuier.
Déployant ses plis,
Comme le ferait des volants de sa jupe une coquette chipie,
Une nappe blanche et rouge à grands carreaux, en lin,
Est étendue sur l'herbe, retenue aux quatre coins
Par les galets amassés il y a peu sur une plage.
Un panier d'osier au fin tressage
Trône, tant empli de victuailles
Que son couvercle s'entrebâille.
Elle a même songé à apporter un petit pot :
De fraîches belles-de-jour s'y gorgent d'eau.

Elle commence à apprêter la "table".
Elle soupçonne votre appétit insatiable
Mais se doute avoir eu les yeux plus gros que votre ventre...
Elle aimerait aussi que, la découvrant, vous préfériez assouvir votre bas-ventre...
Elle sort tout de même des fruits, juteux à souhait :
Pour vous elle a choisi des drupes pulpeuses, des chairs vous êtes si gourmet !
Elle saisit ensuite le torchon
Dans lequel est enveloppée la miche dorée qui tout à l'heure embaumait la maison.
Les mises en bouche qu'avec le sourire elle vous a mitonnées
Restent cachées : avec, elle veut s'amuser !
On lui a appris, enfant, à ne pas jouer avec la nourriture
Mais il est des dogmes qu'avec vous, indécemment son esprit abjure...

Vous n'êtes point arrivé encore,
Seul est planté le décor.
Elle en profite pour une goutte parfumée
À la base de son cou faire rouler.
Et, puisque s'y prête l'endroit,
Elle se couche dans les herbes, le cœur agité de doux émoi.
Elle s'absorbe dans la contemplation des moutons nuageux :
Un dragon terrifiant achève de se déliter sous ses yeux
Pour faire place à une main caressante
Qui semble se tendre vers une gorge naissante.
Elle ferme les paupières,
Et laisse libre cours à sa soif d'imaginaire...

Cette main serait vôtre,
Cette poitrine elle ne dévoilerait à aucun autre.
Vous seul de vos doigts l'effleureriez,
Vous seul sauriez la troubler.
Dans ses pupilles prisonnières,
Elle vous rêve, vous interposant dans la lumière :
Votre silhouette s'incline vers elle, en contre-jour dans le soleil,
Les pans de votre pantalon pour le moment encore faseillent...
D'un tendre baiser venez cueillir sa bouche,
Espérant que cela ne l'effarouche :
Les premières fois ont toujours un goût d'incertitude,
L'on ne sait ce que l'on peut se permettre et jusque quelle latitude...

De surprise, et puisque timide voire sauvage,
Son cœur bat à tout rompre dans son corps sage.
Elle ne se refuse pourtant pas à vous
Et abaisse de sa raison les garde-fous :
De vous connaître vraiment elle est curieuse,
Sans doute même la qualifie mieux l'adjectif "fiévreuse".
Aussi ouvre-t-elle les yeux
Pour, à votre baiser, répondre et le rendre plus passionné, plus savoureux...
Vous êtes là, dans le soleil,
Et la toile de votre pantalon ne faseille !
Le regard brillant, des pieds à la tête allez la détaillant.
Elle se redresse, le visage rougissant...

Vous la soutenez, la tenant par la main.
Un frôlement, un presque rien.
Et pourtant,
Sur la pulpe des doigts comme un échauffement...
Elle est coutumière des décharges spectaculaires
Que l'on ressent en refermant de la voiture une portière :
Cette brûlure-là est bien plus violente,
Tellement plus mordante.
Sa poitrine s'affole dans son corsage,
Elle frémit en songeant à ce qui résulterait d'un charnel alliage
De vos deux corps
Qui ne se connaissent point encore.

Vous vous penchez sur elle pour, d'un honnête bisou, la saluer.
Elle est tellement bouleversée et, à vrai dire, tout juste de son rêve éveillée,
Que ce sont ses lèvres qu'elle vous tend !
Fier comme Artaban,
Vous devinant en territoire conquis,
Vous avancez tout de même avec circonspection, réfléchi.
Vous chatouillez de la vôtre sa bouche,
Bien moins collant qu'un attrape-mouches,
Mais tellement plus attachant, reconnaissons-le !
Et puisque vous prenez à ce petit jeu,
Sa taille enserrez tout-à-coup,
Pressant son corps éperdu tout contre vous.

Ses narines s'enivrent de la fragrance qui vous enveloppe, si subtile :
Des notes acidulées, épicées, boisées, autour d'elle virevoltent, volatiles.
Elle faiblit dans vos bras,
Toute à vous déjà.
Alors vous vous enhardissez : vos lèvres s'ouvrent sur votre langue...
Respire-t-elle encore ? Son visage est si exsangue !
Mais oui ! Vous sentez soudain,
Timidement, c'est certain,
S'entrouvrir sous votre pression
Sa bouche, délicat bonbon,
Suave, fruité,
Qui n'attend, fondant, que d'être dégusté...

Vous ne voulez pourtant la priver plus longtemps de son souffle,
Vous n'êtes point un maroufle !
Jusqu'au sol alors l'accompagnez de votre étreinte
Et l'allongez, presqu'éteinte.
Vous avisez la nappe dépliée et ses fruits charnus :
Une cerise entre vos doigts pressez, pour en faire couler le jus
Qui goutte dans sa gorge.
Elle prend alors une grande inspiration et expulse l'air comme le ferait un soufflet de forge.
Soulagé, vous plongez vos regards dans les siens,
Et une envie de la chérir vous vient :
Doucement vous caressez ses cheveux,
Lui murmurant que vous êtes là, que tout va aller pour le mieux...

La main sur sa joue si pâle,
Vous scrutez son teint laiteux, nacré comme une opale.
Alors, agenouillé contre son flanc,
Déboutonnez délicatement l'échancrure de sa robe, qu'elle inspire plus librement.
Sa poitrine palpitante est un appel
À vous brûler les ailes...
Débordant, dans l'affolement, de la pièce de tissu qui la retenait,
Elle s'expose, généreuse, à vos yeux indiscrets :
Lui expliquant qu'allez lui prodiguer un massage pulmonaire,
Vous dégagez sa pulpeuse chair
Et la câlinez du bout des doigts,
Masquant malaisément votre émoi.

Elle est si douce...
De sensualité elle vous éclabousse.
Sur le sein droit, un grain de beauté, minuscule,
Vous accule :
Vous ne pouvez, ni ne voulez, trouver d'échappatoire,
Vous croire maître de votre comportement serait parfaitement illusoire !
Elle vous tient par sa féminité,
Par sa faculté à vous attendrir et à vous rigidifier !
Ses paupières papillotent,
Sa peau tremblote.
Vous vous appliquez à bien suivre le galbe de sa poitrine de vos mains,
La caressant de vos pouces, coquin.

Elle vous réclame, à voix basse, une gorgée d'eau.
N'y tenant plus, vous l'embrassez aussitôt !
Votre langue humide
Plus ne l'intimide :
Elle la lèche et la suce,
Sans astuce.
D'une main, vous parvenez alors à attraper une seconde cerise,
Que retenez captive entre vos dents, rouge friandise.
Elle y vient croquer goulûment,
Le jus entre vos lèvres giclant.
De sa langue avide elle en récupère la moindre goutte :
De réussir à étancher un jour sa soif vous avez soudain un doute !

La belle s'apaise pourtant et tente maintenant de s'éventer de la main.
De l'air ne circule qu'un brin,
Vain est son effort.
Ne désirant que son confort,
Vous bandez les muscles de vos bras et, sans son chevet quitter,
Cueillez une grande feuille du figuier.
Vous la remuez devant son visage,
Tandis qu'avec un sourire reconnaissant elle vous dévisage.
Une faim terrible votre ventre tenaille,
Mais vous vous sentez l'esprit canaille :
Puisque la demoiselle est tirée d'affaire et, mieux, rougit coquettement,
Vous vous résolvez, sans trop d'efforts, à pousser votre badinage plus avant !

Vous armant de votre végétal au toucher rugueux et velu,
Vous chatouillez sa peau nue :
Ses mollets, ses genoux, ses cuisses découvertes par sa robe retroussée...
Vous plaquez sur les siennes vos lèvres en un gourmand baiser
Et frayez un chemin, plus haut, indécemment, au pétiole.
Étonnamment, cette fois la jeune personne ne s'affole.
Elle semble même, au contraire, prendre un malin plaisir
À vous aider, laissant ses jambes s'entrouvrir.
La tache ne vous est pourtant pas facile,
Un morceau de tissu ne vous permet pas d'être agile !
Revigorée, votre mie, dans un sursaut de vitalité, se démène, s'agite
Et le retire. Les choses soudain se précipitent...

Vous jettez au loin la feuille, ridicule vue l'intensité de votre désir, et, avec frénésie,
Remettez sur pieds votre amie.
Vous l'adossez alors brutalement contre le tronc de l'arbre majestueux
Pour lui voler, sans ménagement puisqu'elle va mieux, un baiser fougueux :
Vos langues se cherchent, se trouvent, s'enroulent,
De la sentir à votre merci votre sexe déjà ioule.
Une main sur sa nuque, l'autre s'immisce
Sous sa robe, jusqu'au plus doux des interstices.
Vos doigts trouvent aisément le chemin,
D'autant que la femme se cambre et ondule du bassin.
Les oiseaux se sont tus :
L'on n'entend plus qu'essoufflements, grondements et gémissements non contenus.

Votre main si indiscrète
Caresse, s'insinue, à la faire chavirer s'apprête.
Votre compagne autour de l'une de vos jambes la sienne entortille,
Tendant si fort de l'autre la cheville.
Vous entrez, sortez,
Plus profondément la pénétrez.
Elle soupire, vacille, se raccroche des lèvres à votre bouche,
Ayant tout oublié de sa prude sagesse de sainte nitouche.
Vos doigts glissent aisément
Et ses yeux vous lancent une supplique, érotiquement.
Vous l'accompagnez alors jusque ces cimes
Qui laissent, lorsqu'atteintes, les corps toucher au sublime.

La sentant défaillir dans vos bras,
Vous la laissez reposer ses deux pieds sur le sol, bien à plat.
Puis, pris d'une subite envie bestiale,
Lui murmurez d'une voix rauque que la voudriez prendre dans cette posture immorale
Qu'affectionnent particulièrement les animaux.
Vous lisez sur son visage le "oh !"
Qui ne veut pas dire "non",
Et l'accompagnez dans sa mise en position.
Vous retroussez alors sa robe sur sa croupe
Tout en appréciant de ses hanches la découpe.
Le tableau qu'elle vous offre sur l'instant
Est des plus adorables et vous ravit redoutablement !

Un bisou sur la fesse gauche, délicat, léger,
Et vous retenir plus longtemps ne pouvez !
Vous agrippez ses hanches, dessinées semble-t-il pour vos mains,
Et desserrez de votre concupiscence le frein,
Vous engouffrant, gonflé de désir et bandé comme un arc,
Telle, dans un chenal, une barque.
Comme elle, vous glissez délicieusement au fil de l'onde
Avant de vous laisser entraîner par les rapides qui grondent.
Vous essayez bien encore de brider votre embarcation,
Luttant pour, face aux courants, aller à reculons,
Mais comprenez vite que c'est peine perdue :
Vous larguez alors les amarres et vous avouez vaincu...

Des spasmes de jouissance vous secouent encore
Tandis que le soleil, entre les feuilles, darde des rais d'or.
Après avoir mordu la nuque nue,
Vous vous retirez, contemplant ce corps qui tant vous a ému.
Avisant une cerise, joufflue et amarante,
Une image vous vient, tentante :
Vous en saisissant, vous la déposez au creux de son dos
Et venez la cueillir, faraud...
Dans l'herbe alors contre elle vous lovez,
Vos yeux cherchant les siens, ingénument baissés.
Nul d'entre vous ne songe plus au pique-nique,
Repus vous êtes, savourant la sérénité du calme retrouvé. Instant magique...

Commentaires (10)
  • Cerbère  - Magnifique

    Bravo jolie Plume, Encore !

  • Plume Légère

    Vraiment ? Soit, encore ;) !

  • Lady-Rose

    Je me suis sentie transportée juste à côté de vous, ressentant chaque moment, meci de ces magiques instants.....

  • Plume Légère

    Merci Lady, mais je ne savais que vous nous regardiez... :blush:

  • Flamme  - délice

    Un moment de vice, un instant de pure délice
    Une lecture d'une plume qui ose, et dans une joie immense me transpose.

    Un délicieux instant partager
    Merci pour ces lignes partagées

    Nous en voulons plus nous en voulons encore

    Merci douce plume merci encore, de tout ces vers qu'il semble que vous écriviez sans effort

  • Plume Légère

    Merci Falmala, une nouvelle fois vous me touchez...
    Pour ce qui est des efforts, je vous avoue que le plus gros est pour moi d'oser publier...

  • TSM  - De purs moments de délice impurs

    Prendre le temps de vous lire génère de purs moments de délice impurs mais ô combien raffinés.

  • Plume Légère

    Lorsque faits avec le cœur, point d'impureté dans les délices ;)...
    Bienvenue à vous dans mon nid !

  • Fred Sonal  - Art amoureux

    Ce dernier opus de vos broderies enjôleuses
    M'a une fois de plus laissé pantois.
    Ce tableau de prime abord bucolique,
    Prend un tour des plus érotiques;
    La cerise finale foudroyante d'émois
    A la délicatesse des wagashi les plus délicieuses

  • Plume Légère

    Vous aussi avez apprécié la cerise ?
    J'en ferais des gourmandises ! :)

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