Le petit chat
Écrit par Plume Légère   
Jeudi, 15 Avril 2010 00:00

C'était devenu l'une de leurs habitudes.
Lui, crâne et hédoniste, avait achevé ses études.
Elle, timorée et prude,
Avançait dans la vie, affublée d'irrécusable rectitude.
À ses côtés exclusivement elle osait se délester de toutes ses certitudes,
Tremblant, implorant même en son for intérieur qu'il la dénude...
Il était à son existence le doux et nécessaire interlude.

Lorsque le soir revêtait sa robe couleur de nuit,
Il la venait quérir, comme l'eut fait un taxi,
Et l'attendait, au pied de son minuscule logis.
Sans sous-vêtements avoir mis
Puisqu'il exigeait qu'elle sorte ainsi,
Elle dégringolait les escaliers jusque lui,
S'oubliant... Non, ne pensant enfin plus qu'à elle le temps de la nuit.

Le véhicule n'était point sien, il l'empruntait à une mégère
Qu'à la dérobée elle nommait « Reine Mère »
- Car, voyez-vous, elle ne l'appréciait guère...
Cette douairière avait trop lu Cendrillon et autres contes populaires
Et aspirait à ce que sa bru à ses caprices se soumette, soubrette avec muselière.
La jeunette souriait, se sachant impudique, les fesses à l'air :
Combien elle aurait aimé outrer la rombière en lui dévoilant son derrière !

Oh, ils l'avaient déjà étrennée, cette voiture
Car, même si pure
- Ni son corps, ni même son âme n'étaient encore entachés de la moindre souillure -
Elle avait grand soif de ses mains aux doigts si sûrs
Et s'y abandonnait, jusque dans la démesure,
Forçant la cambrure si d'aventure
Ils s'immisçaient sous son armure.

Tel était donc le théâtre de leurs ébats.
L'usage était qu'il la conduise à plusieurs kilomètres de là,
En un lieu qui surplombait la mer, en contrebas.
Peut-être êtes-vous déjà allé là-bas ?
Un petit chemin descend en lacets jusqu'un phare blanc et incarnat
Qui dans le noir scintille d'un jaune éclat.
Face à lui s'alignent les Tas de Pois : ce que signifie ce nom, je ne le sais pas !

Le lieu est paisible, à la nuit tombée,
Mais pour batifoler
Avec votre promise aimée,
N'y allez pas en pleine journée !
Les randonneurs y forment des nuées,
Vous ne profiteriez d'aucune intimité
- Et risqueriez même d'être vertement semoncé !

Ils avaient pour coutume
De venir observer l'écume
Que l'iode dans ces contrées parfume.
Là, il attendait que de désir elle se consume,
La caressant, légèrement, que le feu en elle s'allume
Et que contre lui elle ne nourrisse nulle amertume.
Il se régalait que le pare-brise peu à peu s'embrume.

La radio diffusait une émission friponne,
Dans laquelle l'animateur usait de mots qui l'imagination aiguillonnent,
De ceux qui, susurrés avec fermeté à son oreille, aujourd'hui encore la désarçonnent.
Elle rougissait qu'ainsi on l'éperonne,
Craignait qu'un promeneur tardif les espionne...
Tous s'accordaient en effet à la qualifier de poltronne !
Pourtant devant les inconvenantes caresses, elle se montrait si gloutonne...

Car oui, il était habile de ses dix doigts !
Quand il estimait qu'elle en avait le droit,
Que lui-même dans son caleçon se sentait à l'étroit,
Il les glissait dans le plus intime de ses endroits.
Toujours ils se montrait courtois,
Ne la laissant jamais aux abois :
À lui il voulait pour toujours l'assujettir, il était très matois !

Cette nuit-là, alors que la Voie Lactée scintillait de mille feux
Et que la voûte céleste s'agrémentait d'un sombre camaïeu,
Il avait modifié la règle du jeu :
Il la voulait combler mieux,
Étaler comme sur un oreiller ses cheveux,
De la tête aux pieds la contempler, consciencieux,
Et de désir mourir, à petit feu.

De la voiture il lui avait sommé de sortir.
Sa main, il s'était empressé de saisir
Et, tournant le dos au phare qui ne cessait son œil de fermer et d'ouvrir,
Sur le chemin de randonnée, dans la pénombre, il avait œuvré à la conduire.
L'on n'entendait que la mer bruire.
Sous la frondaison il lui avait soudain demandé de s'introduire.
- Les ronces n'avaient eu de cesse ses jambes de meurtrir !

Sous la lueur blafarde de la lune,
Sur un lit de bruyères et de mousse fort opportunes,
Il avait délicatement couché sa brune.
Sans crainte aucune
Que ne les aperçoive quelqu'un ou quelqu'une,
Il lui avait retiré ses parures, une à une,
Se félicitant de sa bonne fortune.

Elle s'était bien un peu débattue,
Avant de se retrouver nue :
Elle était encore ingénue
Et sa morale guidait sa vertu...
Mais il lui plaisait tant et plus
- Dès le premier jour il l'avait émue -
Qu'elle voulait bâillonner toute retenue.

Faire de ce moment un instant magique,
Onirique.
Lui prouver que pour elle il était unique
Et le rendre, à son tour, d'elle, boulimique !
Espérer qu'il s'applique,
Romantique.
Et être à la hauteur de ses rêves érotiques...

À leurs pieds, à hauteur du plateau des Fillettes,
Un bateau faisait route vers la cité quasi muette.
Les marins pouvaient-ils apercevoir sa blanche silhouette ?
Ils pénétraient dans le goulet, chacun son idée en tête :
Celui-ci ne rêvait que de sa couchette,
Celui-là qu'on le débraguette ;
Quant à cet autre, il n'était plus apte à rêver, déjà trop pompette !

Elle le sentit monter à l'abordage.
Ses mains avaient si bien œuvré à son domptage
Qu'elle musela tous ses blocages
Lorsqu'il coupa court aux badinages.
Elle n'était plus que l'amante sage
Qui s'offrait sans ergotage,
Impudique, affamée, prête pour le décollage.

Les yeux rivés sur les étoiles,
Elle se laissait caresser dans le sens du poil.
La scène lui semblait une toile,
Elle s'étonnait que ses ardeurs ainsi se dévoilent.
Elle craignait tant que son éthique sainte-nitouche ne la force un jour à mettre les voiles,
Qu'elle eut presque aimé que sa libido s'entoile...
Elle pourrait alors à loisir admirer son tableau, derrière les larmes et leur voile.

L'on entendait le doux clapotis
Des vagues alanguies...
Ou n'était-ce point plutôt son intime anatomie
Qui émettait l'humide bruit ?
Sa main à lui
La câlinait, la fouillait, la pénétrait à l'envi.
Combien de fois avait-elle joui ?

Le phare du Petit Minou - tel il se nommait -
Sa ronde poursuivait,
Tandis que dans son minou à elle ses doigts profondément il engouffrait.
Elle se raidissait, haletait, se donnait,
Perlait, criait, ronronnait,
Se cambrait, tanguait, exultait.
Lui ? Il s'excitait, bandait...

 

L'histoire ne dit pas
S'il la fit sienne cette nuit-là...
Mais l'émotion est toujours là
Lorsqu'elle repense au phare, là-bas, tout là-bas,
Aux marins qui rentrent au port, fourbus et las,
À la bruyère qui lui servit de matelas,
À ses doigts, qu'il avait si agiles et délicats...

 

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Commentaires (2)
  • Fred Sonal

    Ce phare à bout rouge est un symbole si phallique !
    Moi je trouve vraiment son sobriquet ironique :
    "Petit Minou" doit sortir d'un esprit sardonique
    Décidé à castrer ce monument à la masculine symbolique !

    Ah si les marins se doutaient en rentrant au port...
    En pénétrant dans le goulet, s'ils regardaient à babord,
    Nul doute qu'ils délaisseraient leurs bitords
    Pour de votre Dame Blanche admirer le corps...

  • Plume Légère

    Ce doux nom de "Petit Minou"
    Peut effectivement prêter à rêver et à sourire... =)
    Je ne l'avais pas relevé !
    Mais je crois que vous n'y êtes pas du tout :
    "Min" en breton signifierait "bouche, embouchure", même si je ne peux le garantir...

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