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Il l'y avait conduite ce soir-là.
La nuit était déjà noire, il faisait froid.
Pas un nuage. Un manteau noir avait été jeté sur le jardin : l'on eût dit une couverture piquetée d'étoiles sous laquelle se seraient réfugiés deux enfants.
Ils se donnaient la main, amoureusement, en courant.
Tout s'était décidé au dernier moment, comme bien souvent. Ils ne faisaient plus de plans sur les comètes, préférant croquer les instants comme ils venaient et se léchant les doigts des douceurs qui leur étaient offertes.
Il lui avait demandé de se hâter, presqu'aussi excité qu'elle à la perspective de partager ce moment ensemble.
Elle avait juste passé sa main dans ses cheveux, chaussée ses talons et s'était enveloppée dans sa cape.
Son rire avait résonné jusque la Voie Lactée.
Habituellement, il y allait seul.
Depuis le début de l'année, tous les jeudis. Elle avait alors trois à quatre heures à tuer avant qu'il ne lui revienne, qu'elle employait généralement à écrire.
Ce soir-là donc, il devait être seul dans la place. Il aurait pu en profiter, s'activer, se faire plaisir. Mais non. Il lui avait proposé de l'accompagner, au risque de perdre du temps, de ne pas avancer à son rythme. Il disait qu'il la voulait près de lui, qu'il voulait aussi qu'elle imprègne les lieux de sa présence, pour les autres soirs, ceux où elle ne serait pas là.
Elle avait souri. Oui, elle le suivrait. Qu'elle voie les locaux, les objets, ses gestes, qu'elle puisse l'imaginer là-bas les jeudis où il ne serait point à ses côtés !
Dans la nuit, ils avaient roulé. Sa main à lui sur sa cuisse à elle. Caressante. Sans mot dire. Sans même avoir allumé la radio. Les pensées de chacun tournées vers l'autre, et c'était si bon...
Et effectivement, lorsqu'ils étaient arrivés, la pièce était libre.
Petite. Elle pouvait fort bien imaginer que l'on s'y frôlait, habituellement. Un frisson, un pincement.
Elle avait retiré sa cape. La jarretelle de ses bas, mi-cachée par la robe, avait accroché ingénuement les regards dans l'après-midi... Il ne la remarqua pas.
Elle s'était mise un peu à l'écart, pour ne pas le déranger. Et elle l'avait observé, écoutant, retenant quelques noms, observant essentiellement ses mains et sa bouche.
Il avait préparé les bacs, mettant les petits dans les grands. Elle devinait qu'il allait lui sortir le grand jeu, qu'elle ressortirait rassasiée de la séance...
Il avait versé les produits, l'eau chaude, avait vérifié les températures.
Et il avait éteint la lumière, ne conservant que la clarté rougeâtre de la lampe inactinique qui chauffait depuis leur arrivée.
Il s'était alors attablé derrière l'agrandisseur. Le négatif était choisi depuis longtemps, mais il n'avait pas voulu le lui montrer à l'avance. Elle fut donc ravie qu'ils fussent seuls lorsque la lumière s'éclaira et projeta l'image de son épaule nue sur la table...
Il avait ensuite procédé à quelques réglages, prenant notamment des mesures avec le margeur, et l'invitant à ouvrir l'œil dans son Scoponet pour admirer le grain du papier. Osera-t-elle l'avouer ? Oui... Elle ne vit rien du tout !
Il était à son affaire, lui décrivait tout. Elle peinait à retenir les noms, aurait aimé avoir un papier et un crayon, pour prendre des notes. Mais elle se laissait bercer par sa voix, souriait et attendait la révélation.
Il prépara des bandes de papier, pour les tests préliminaires, et exposa trois parties de la photo pendant des durées différentes.
Et alors, elle vit.
Plongée dans le révélateur, la bande de papier grisonna soudain puis prit vie. L'arrondi de son épaule se découpa en camaïeu de gris.
Bien sûr, elle l'avait déjà vu faire, dans les films. Mais dans la réalité, c'était vraiment autre chose. De la magie.
Elle se penchait sur le liquide, appréciant les nuances qui se fixaient sur le papier, commentant les changements qu'elle voyait se produire, reconnaissant soudain un détail, ce grain de beauté qui n'apparaissait pas tout à l'heure...
Dans son dos, il souriait. Il s'amusait de voir que la nouveauté la faisait toujours s'exclamer, comme une fillette qui battrait des mains si on lui offrait Totoro, rien que pour elle...
C'est à ce moment-là, sans doute, qu'il remarqua sa tenue. Il s'approcha, déposa un léger bisou dans son cou et éteignit le minuteur. Avec une pince, il attrapa la "photo" et la plongea dans le bain d'arrêt. Une minute suffit, puis ils laissèrent le fixateur remplir son rôle.
Après avoir immergé le papier dans de l'eau, ils sortirent, chacun leur tour, de la pièce, empruntant un sas. À la lumière des néons, ils comparèrent les contrastes donnés par les différents temps d'exposition et firent leur choix.
Ils entendaient des voix, de l'autre côté du couloir : un photographe reconnu menait une conférence. Ils auraient pu apprendre un tas de choses mais... ils s'en retournèrent sous la lumière rouge, bien décidés à mettre son épaule à nu.
Alors il reprit toutes ses mesures, avec le plus grand sérieux. Elle se faisait toute petite, n'osant même plus respirer...
Ce fut elle qui mouilla le papier dans le révélateur. Une première minute. Il eut à peine le temps de laisser sa main se faufiler sous sa robe, entre les deux bas. La chipie ! Elle ne portait pas d'autre sous-vêtement : sous ses doigts il sentait sa toison, bordée de peau nue.
Elle, elle guettait toujours, la révélation. Le creux qu'elle aimait tant qu'il lui lèche apparut, s'accentuant à mesure que les gris noircissaient. Était-il possible que ce décolleté fut sien ? Cette courbe, si féminine, lui appartenait-elle ?
Elle sourit. Ravie et... chatouillée.
Dring ! Réenclencher le minuteur, pour une minute supplémentaire.
Il devinait qu'elle en avait autant envie que lui. C'est elle qui avait entrouvert les cuisses, que sa main atteigne plus rapidement sa cible : les doigts s'insinuèrent délicatement entre ses lèvres. Elle n'était pas encore humide mais...
"Imagine si quelqu'un entrait maintenant..."
Elle n'était pas exhibitionniste. Mais lorsqu'il commençait à jouer avec son corps, elle avait horreur d'être interrompue. Là, son ventre s'échauffait, se contractait déjà : il était trop tard pour arrêter la machine ! La crainte de ne pas jouir fit perler sa moiteur.
Dring, encore ! Il ne pouvait s'occuper de la photo : ses deux mains glissaient, elle ne l'aurait pas laissé partir. Elle prit la pince et mit la photo dans le second bac. Appuya sur le minuteur.
Il avait une minute pour la faire jouir. Chiche ? Chiche !
Il la pénétra d'un doigt, le recula, y accola un second pour le deuxième plongeon. Et tout se précipita : sa main à lui, ses halètements à elle, le grossissement de la boule dans son ventre. Elle ne retint pas son plaisir tandis que des éclairs bleus zébraient la pièce devant ses yeux.
Les secondes s'étaient égrenées jusque la soixantième. Toujours emplie de lui, elle fit sortir la photo ruisselante, la laissa s'égoutter un peu et la baigna dans le fixateur. Deux minutes minimum...
Elle avait peur, maintenant, d'être surprise quand tout à l'heure la conférence serait achevée. L'heure tournait...
Elle le lui dit en se tortillant pour s'éloigner de lui. Elle eut juste le temps de lire la déception dans son regard.
Elle alla s'asseoir au bord du bureau, jambes entrouvertes.
"Viens..."
Elle n'eut pas le temps de comprendre comment il avait fait pour traverser la salle et se présenter à son orée, le sexe érigé et nu. À vrai dire, elle ne prit pas le temps d'y réfléchir...
Il plongea en elle, de tout son corps, du sexe jusqu'aux yeux, sans l'ombre d'une hésitation. De la main droite, il soulevait l'une de ses cuisses, de l'autre il avait sorti sa poitrine de son soutien-gorge et la pétrissait.
Leurs bouches se dévoraient, que ne s'échappent pas les gémissements qui auraient pu les trahir.
Il finit par se déverser en elle, trop vite à leur goût à tous les deux...
Rapidement elle fit une petite toilette et réajusta ses vêtements, se recoiffant du bout des doigts.
Et elle se souvint de la photo qui attendait d'être immergée dans l'eau.
Dix minutes plus tard, ils entendirent des rires fuser dans la pièce attenante. Un homme s'engouffra dans leur salle, l'inondant de lumière. Tout penaud de les découvrir là, penchés sur le révélateur qui cette fois esquissait le visage de leur petite princesse, il ressortit aussi vite qu'il était venu. Ils se sourirent.
Au retour, la Grande Ourse au Nord leur faisait de l'œil, et leur bébé, pointé d'une flèche, chantonnait au Sud...
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J'aime beaucoup ce "Fouillant la...
Une très belle idée que se frotter au...
Quel dommage de ne m'avoir laissé vot...
Je n'ai plus de l'arme que le goût in...