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Elle s'était résolue,
Pour une fois,
A retirer le masque.
Se mettre à nu,
Sans effroi,
Ne pas ouïr ses humeurs fantasques.
Elle entendait pourtant
Rugir sa morale
Qui lui faisait sermon :
Il n'était pas bienséant
De s'exposer, apétale,
Elle eut au moins pu s'enrober d'un sarong !
Mais que nenni ! Un à un,
Elle avait retiré les atours
Qui l'encombraient,
Chassant tout à la fois d'un revers de main
Sa timidité, son embarras, sa pudeur, bien trop lourds.
Nue comme un ver elle était...
Sans complaisance,
Elle se posta alors devant le miroir.
Elle ne vit pour commencer
Qu'une femme manquant d'assurance,
Au teint blafard,
A la silhouette recroquevillée.
Elle n'était point belle.
En se mirant d'un peu plus près,
Tout juste acceptait-elle de se reconnaître un peu de charme.
Les pépites, dans ses yeux bleu ciel,
Pouvaient présenter un attrait,
Quand elles n'étaient pas noyées de larmes...
Mais ses traits lui étaient si familiers
Qu'elle dirigea vite ses regards vers son corps.
Le cou, si sensible aux coups de langue fougueux.
Les seins, certes mis à mal par les grossesses répétées,
Mais si développés encore.
Le ventre... Trop rond mais, après tout, sous les doigts si soyeux.
Et puis venait la cicatrice,
Terrible, indélébile.
Celle qui rappelait le second viol, celui de l'Ankou.
Elle la caressa, pensant à son fils,
Oubliant soudainement de ses pensées le fil,
Hurlant sa douleur, telle un loup.
Les secondes, les minutes, les heures même passèrent,
Les larmes ruisselant le long des joues.
Lorsque la source fut tarie,
La tristesse se lova sournoisement dans sa tanière.
L'on eut dit une soue,
Emplie de noires épouvantes, d'intenables chagrins, de féroces soucis.
Alors la femme revint à elle,
Pauvre hère que la vie agitait à son gré, telle une marionnette.
Elle se souvint qu'elle se voulait voir sans fard,
Essuya machinalement les traînées de sel,
Embrassa fort l'angelot dans sa tête,
Et retira ses doigts de la balafre en ravalant son cafard.
Ses yeux descendirent encore,
Se posant à peine sur l'entrejambe,
Glissant sur les cuisses, ni trop grosses, ni trop grêles...
C'est alors
Que lui revint en mémoire de son époux l'ultime dithyrambe,
Celui où il lui avouait qu'il n'était qu'à elle.
L'image fut saisissante de précision :
Elle le voyait, tout contre sa peau,
Serré contre elle comme le sont dans un tiroir les petites cuillers.
Elle visualisait les caresses, les positions,
Entendait les "ah !", les "oh !",
Discernait encore de la Lune la lumière.
Il l'avait couverte de baisers,
Lui avait murmuré mille et un mots doux,
Avait cherché à déchaîner sa libido.
Non, dans le même sabot il n'avait pas les deux pieds !
Il s'était donné un mal fou
Pour l'élever là où le soleil rougeoie, si haut...
Il avait passé sa main
Sur son bas-ventre passif,
Sucé le lobe de ses oreilles,
Titillé ses seins,
Accompagné la main de son amante vers l'antre rétif
Qui depuis plusieurs jours se mettait en veille.
De leurs doigts enlacés,
L'humidité était apparue.
Tout était si velouté, si doux,
Qu'il lui avoua que sa langue aurait bien trouvé à butiner...
Elle n'en avait point voulu,
Préférant se stimuler à l'en rendre fou.
Plus tard il l'avait saillie,
La chevauchant comme aux temps anciens,
Comme un vulgaire animal.
Sa tige glissait dans l'étui,
A ses hanches se raccrochaient ses mains,
Et ils avaient joui, dans un râle.
Mais pour l'heure, plantée devant la psyché,
Elle n'en revenait pas de ce qu'elle voyait :
Une femme lui ressemblant étonnamment
Se masturbait face à elle, jambes écartées, éhontée.
Ses doigts délicatement les lèvres câlinaient,
Ecartaient impudiquement.
Elle resta là, médusée, à la reluquer,
Respirant à petites goulées pour ne point faire trop de bruit.
Les doigts allaient et venaient, plongeaient,
Elle percevait un léger son mouillé,
Semblable à un clapotis.
Les paupières de la jouisseuse se fermaient, elle-même si peu encore distinguait...
Lorsqu'elle rouvrit les yeux,
Elle croisa son regard dans le miroir.
Elle se vit alors telle qu'elle était :
Une femme au sourire anxieux
Qui ne savait cacher son désespoir.
Elle ressortit le doigt, humide, qui venait de lui servir de frottoir...

Miroir, par mon ami, Théo Viri...
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Très beau texte érotique qui me rappelle d'agréables souvenirs...bisous