Galipettes sous l'édredon
Au clair de la Lune
Écrit par Plume Légère   
Lundi, 24 Mai 2010 20:19

Pour vous, Flamboyante Flamme.
"Stop" ou "encore" ?

 

Chaude soirée d'été,
Par une bruine fraîche mouillée...
Tout le jour
Ont roulé les tambours,
Alentour
Comme en son esprit tourmenté.
Elle se sent exténuée, oppressée.

Alors elle s'en va sur la terre moite, nu-pieds,
S'assied pour écouter la terre susurrer.
Au loin, une chouette hulule ;
Dans un terrier un couple de lapins copule ;
Sous ses yeux virevolte une lunule.
Un souffle de vent, léger,
Les branches fait chantonner.

Peu à peu, sous l'œil de la Lune étonnée,
De ses effets elle commence à se débarrasser.
Une soudaine envie
De se laver de tout souci,
De retirer tout le superflu de sa vie.
Elle offre sa peau lactée
Aux gouttelettes satinées.

Le sol exhale le parfum si particulier
De l'humus forestier
Après l'ondée orageuse.
La nature toute entière frissonne, nerveuse.
Dans l'humidité ambiante, sa peau semble étonnamment spongieuse :
Plutôt que de rouler sur son corps dénudé,
Les larmes de pluie paraissent littéralement en elle s'infiltrer !

S'évaporent-elles au contact de la chair qui sous le soleil a brûlé ?
Que nenni ! Elles s'insinuent jusque son intimité...
Il n'est que de regarder ses doigts
Pénétrer son entrejambe, fort adroits,
Et en ressortir, humectés de doux émoi...
Assurément, le liquide céleste jusque son antre a ruisselé,
Comment expliquer sinon cette soudaine humidité ?

Complice de cette caresse sous les cieux étoilés,
La Lune sourit, amusée.
De là-haut, elle embrasse du regard
Les hommes et femmes qui, l'esprit gaillard,
S'ébattent. Le monde lui semble un joyeux lupanar !
Tant sont sortis de leur foyer,
Recherchant, après la touffeur, un souffle d'air, léger comme un baiser...

Dans les jardins, les forêts, les prés,
Au bord des ruisseaux, sur le sable des plages par les enfants désertées,
Partout les couples ne sont que langueur,
Moiteur,
Élancements des corps et des cœurs.
La Lune, qui n'a que l'embarras du choix pour assouvir sa curiosité,
Baisse à nouveau les yeux sur la femme esseulée, captivée.

Elle perçoit aussi un mouvement furtif, derrière la haie de lauriers :
Une seconde femme se tient là, à espionner...
Ce n'est pas la première fois que celle-ci dévisage ainsi sa voisine :
Hier déjà, alors qu'elle cueillait quelques capucines
Pour égayer une salade qui attendait en cuisine,
Elle avait entendu des gémissements dans le jardin d'à côté
Et s'était risqué un œil à jeter.

Embarrassée,
Le rouge aux joues très vite lui était monté,
De découvrir la dame qu'elle saluait chaque matin
Dans une posture qui d'équivoque n'admettait point
Quant au positionnement de sa main...
À même le sol elle était allongée,
Sa jupe impudiquement retroussée.

Se savait-elle épiée
Ou se croyait-elle, chez elle en sécurité ?
Sans doute ne se posait-elle même pas la question
Toute à son abandon.
Et le câlin avait l'air si bon...
Le sexe dévoilé se tendait sous le doigté,
La femme respirait à petits coups répétés.

La voyeuse avait retenu son souffle, sans bouger,
N'ayant pas même, de faire demi-tour, l'idée.
Elle s'était empli les yeux,
Par la trouée de la haie, de ce petit jeu,
Allumant ainsi en son propre ventre un inavouable feu.
De la caresse et de la jouissance qui avait suivi elle n'avait rien manqué,
Le tissu de son tanga aurait pu en témoigner...

Ce soir, l'espionne pourrait presque la peau de l'autre toucher.
La femme nue pour le confort a opté et son jardin a traversé :
Elle se prélasse maintenant sous sa tonnelle,
S'enivrant de l'odeur de miel
Qu'exhale la glycine, cette année si belle.
Sur un banc elle est mi-allongée,
Contre deux coussins adossée.

Derrière le treillage, l'autre sent en elle de petites étincelles crépiter.
Il fait si chaud, malgré la pluie qui continue de bruiner,
Qu'elle craint pour bientôt l'incendie dévastateur !
Sa chevelure rousse est gage de son ardeur,
Que nous allons découvrir tout à l'heure !
Pour le moment, elle se tient coite, juste à côté,
Et rien ne pourrait son regard détourner !

La brunette n'est point pressée.
Elle saisit une grappe de fleurs parfumées,
La cueille même pour s'en caresser le corps.
Les pétales sont plus doux que la soie encore
Et affriolent ses sens retors...
De ses cheveux à ses chevilles elle les fait aller,
Fermant les yeux pour mieux, sur les frissons, se concentrer.

Elle veut s'étourdir de volupté,
Laisser petit à petit l'excitation s'émousser
Puis la taquiner à nouveau,
Être portée par ses flots,
S'envoler si haut...
Ses cuisses imperceptiblement mettent à nu son intimité,
Ses lèvres s'écartent tels les pétales d'une rose à maturité.

À l'improviste, un doigt juste à l'entrée
De l'antre s'est aventuré.
La même moiteur,
La même chaleur
Qu'à l'extérieur.
L'envie pourtant de s'enfoncer dans l'obscurité
Car ici tout n'est que douceur et velouté.

Onctuosité,
Suavité...
Le doigt passe et repasse,
Le clitoris agace
Qui pourtant de stimulations ne se lasse.
La spectatrice devant l'exhibition a le souffle coupé :
Absolument silencieuse, il serait impossible de la déceler !

Dans le lointain, l'orage on entend à nouveau gronder.
La Lune relève la tête, voit les nuages accumulés :
Chargés d'électricité, ils se rapprochent, se serrent, se poussent...
La femme, sentant la tension, s'agite, halète, accélère ses mouvements, se trémousse.
Alors une immense secousse,
Un craquement dans l'air survolté,
Une jouissance, criée...

La voisine, une exclamation de peur, de surprise, de plaisir aussi, n'a pu réprimer.
Par des yeux curieux elle est vite débusquée
Et ne peut que murmurer de plates excuses,
Les joues rouges, si confuse.
L'autre, que tout cela amuse,
La dévisage une minute, deux, trois, sans ciller,
Sans même chercher à dissimuler sa nudité.

Elle se redresse alors, sans se presser,
Longe les lauriers,
Entrouvre la barrière mitoyenne
Et se faufile, silencieuse comme une indienne.
La Lune profite de l'aubaine
Pour réfléchir du Soleil la luminosité
Sur le corps recouvert de gouttes irisées.

La femme prude n'a pas bougé.
Elle regarde vers elle s'avancer
Le jeune corps gracile,
Toute fébrile,
Sans pourtant vraiment chercher à abaisser ses cils.
Elle est captivée
Et ne peut lutter.

Parvenue à sa portée,
L'intrépide le long de son bras ses doigts fait glisser
Et lui saisit fermement la main.
Elle la mène, traversant à nouveau les deux jardins,
Sous la tonnelle et, sous l'œil de l'astre décidément fort coquin,
Se retourne sans gare crier
Pour, sur les lèvres, doucement l'embrasser.

La rousse pudique n'a pas le temps de se dérober.
L'a-t-elle seulement tenté ?
Sur elle ne s'est jamais posée bouche de femme,
Elle y voudrait goûter corps et âme.
Ce premier frôlement de désir déjà l'enflamme,
Sa peau en est de chair de poule hérissée.
C'est alors qu'une langue vient à pointer...

Une langue, humide, sucrée,
Qui de la sienne les contours se met à dessiner.
Doucement,
Tendrement,
Délicatement.
Terriblement concentrée,
Elle n'est déjà plus aussi embarrassée.

Les lèvres à présent desserrées,
Elle sent son bas-ventre se détendre, fondre, se liquéfier.
Elle croise les jambes, croyant pouvoir réfréner le désir,
Mais son "mal" alors empire :
L'autre profite de son déséquilibre pour, dans ses bras, la retenir
Et lui maintient la nuque d'une main assurée.
S'élève une senteur de femme, enivrante, inconnue, jusque ses narines affolées.

Un parfum... musqué.
Semblable à aucun de ceux qu'elle a jusqu'à présent humés.
Oh, elle ne peut prétendre avoir l'habitude,
Des odeurs masculines qui exsudent
Lorsque les corps se dénudent.
Mais contre deux ou trois elle s'est frottée,
Et...

Cet effluve-ci n'a rien de comparable en vérité !
Comment traduire en mots cette bouffée de féminité ?
La touffeur de la journée a bien sûr imprégné la peau,
Il a fait si chaud !
Comme des flots,
De la femme monte des fragrances marines, iodées.
L'on perçoit même, ici et là, quelques notes boisées.

L'ambre gris avez-vous déjà reniflé ?
Un mélange d'émanations de cuir tanné,
De lait maternel,
Qui plaît aux dames et demoiselles
Et attire les hommes car très... sexuel.
Voilà les odeurs qui se bousculent devant ses narines troublées
Et se mettent divinement à la chatouiller.

Tandis que les deux bouches sont à présent l'une contre l'autre soudées,
Et que les langues, fougueusement, partent à l'assaut, exaltées,
La brunette perçoit nettement une touche d'ylang-ylang, une autre de freesia.
Et n'est-ce point là une nuance de lys, et ici de lilas ?
La coquine a dû en déposer une goutte dans son cou, au creux des seins, des avant-bras,
En se toilettant, dès le lever...
Sa peau en reste discrètement imprégnée.

La jeune novice a maintenant tous les sens exacerbés :
Elle vient en effet de se laisser aller à oser toucher...
Un sein. Douceur, rondeur,
Velouté sous les doigts qui effleurent,
Troublant grain de peau à l'immaculée blancheur,
Et téton, comme une cerise sur un gâteau, qui invite à le lécher,
À le titiller.

Sa bouche, qui avait tout à l'heure grand soif d'un baiser,
A désormais faim de chairs efféminées.
Elle quitte, non sans un pincement,
Les lèvres gonflées, ne s'attardant
Que pour déposer un bisou, délicatement,
Dans le creux du cou, légère vallée
Que dominent deux monts bien galbés.

Ses gestes sont balbutiants, un peu empruntés,
Mais la main qui la dirige est si assurée
Qu'elle aspire à faire jouir aussi fort que sous l'orage,
Oublie sa petite vie, si sage,
Et s'abandonne, corps et âme, à la luxure de ce libertinage.
La "maîtresse" lève la tête vers la Lune, complice fieffée,
Et s'apprête à la déshabiller...

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Aotognaka !
Écrit par Plume Légère   
Dimanche, 16 Mai 2010 15:07

Dans son manteau de nuit,
Un verre de citronnade dans une main,
La seconde sur le clavier,
Elle l'attend.
Habituellement,
Elle ne se fait pas prier.
Elle ne sait même jamais bien quand ni comment elle vient.
Elle n'a qu'à laisser ses doigts sur les touches filer, sans faire de bruit.

Ce soir, elle n'est pas au rendez-vous,
L'inspiration. Son esprit reste flou...

Et puisque l'attente n'est pas son fort,
Elle papillonne :
Elle virevolte,
Feuillette ici un virtuel album,
Lit là les textes d'un homme.
Son esprit s'amuse, s'allège, peu à peu plus désinvolte.
Elle ne pense déjà plus à la page blanche, hantée de diables et autres démones.
Non, l'envie d'écrire peu à peu s'évapore...

Car peu importe qu'elle n'ait pour l'heure plus de bagou :
Qui d'autre qu'elle cela embête-t-il après tout ?

À sautiller ainsi de site en site,
Elle se prend à sourire.
Elle marque des pages, pour y revenir plus tard ;
Elle étiquette quelques mots,
Les rangeant dans de petites boîtes parce qu'elle les a trouvés beaux ;
Elle apprend le nom d'œuvres d'art ;
Voit ses références culturelles s'enrichir...
Internet a pour cela bien du mérite !

Sous les doigts le clavier, passe-partout
Qui lui offre le monde et ses bijoux.

Et puis tinte sa messagerie !
Vous êtes derrière votre moniteur,
Loin, très loin, là-bas,
Mais proche par la pensée sur l'instant.
Un sourire sur son visage va s'élargissant :
Elle va vous lire, peut-être sur l'instant vous répondra,
Et surtout, elle tient le fil conducteur
Pour sa nouvelle broderie !

Elle va vous raconter, vous !
Enfin, vous imaginer, car de vous elle ne connaît que peu ou prou...

À elle parfois vous pensez,
Cela est certain :
Plusieurs fois déjà lui avez écrit !
Mais pourquoi ?
Par quoi avez-vous été attiré dans son chez-soi ?
Et qu'y avez-vous trouvé, qui de revenir vous ait donné l'envie ?
Ne lui dites pas, elle n'y croirait pas, que ce sont ses talents d'écrivain,
À moins que de voir son visage se colorer vous n'espériez...

Elle aussi pense parfois à vous,
Elle l'avoue...

Elle vous voit derrière votre écran.
Pour elle, vous faites l'effort
De choisir les mots,
Vous prenant parfois la tête entre les mains
Lorsque les vers ne riment point,
Vérifiant la concordance des temps : les avez-vous utilisés bien à propos ?
Son plaisir sur ses lèvres elle arbore,
Votre volonté à lui plaire la ravit tant !

Pourtant, elle ne souhaite pas que d'école dans l'esprit vous ayez un arrière-goût :
Poète ou non, de vous elle a déjà pris goût !

Elle n'aspire qu'à mieux vous connaître,
Qu'à deviser en toute honnêteté,
Qu'à partager avec vous une amitié complice,
Qu'à rire, voire rougir des mots que vos plumes se répondent.
Elle rêve de se sentir femme, qu'on la désire, que même on la dévergonde,
Qu'on l'autorise à jouir avec délices,
Sans mal la juger ;
Que de ses cendres on l'aide à renaître...

Elle s'escrime à émerger des remous,
À tuer les fantômes des loups-garous...

Mais revenons à vous, voulez-vous ?
Elle vous imagine, dans votre canapé,
La télévision bourdonnant en fond sonore ;
Ou bien êtes-vous allongé dans votre lit,
Soutenu par votre oreiller et déjà prêt pour la nuit ?
Elle préfère en tout cas penser que nulle n'est blottie contre votre corps :
Elle n'oserait alors sa plume laisser librement filer,
Craignant de votre partenaire un réflexe jaloux...

De cette vilaine pensée elle s'absout,
Même si elle reconnaît que vous souhaiter célibataire n'est pour vous point gentil du tout !

Curieusement, de vous elle se sent proche.
Bien sûr, elle ne connaît ni votre parfum,
Ni le timbre de votre voix,
Ni même ne sait de quelle couleur sont vos yeux.
De vous, vous lui en avez dit si peu !
Elle vous devine courtois, matois,
Aimerait goûter le toucher de vos mains...
N'y aurait-il pas anguille sous roche ?

Allons, à vous confier son ultime rêverie elle se résout,
N'oubliez point que tout cela n'est que jeu de plume après tout...

Elle s'est installée confortablement derrière son ordinateur.
Et vous voilà.
Vous engagez la conversation :
Le premier pas, elle n'ose jamais le faire,
Vous pourriez croire qu'elle est légère !
Quelques salutations, quelques questions.
Elle est suspendue à vos doigts qui tapotent sur votre clavier, là-bas.
Déjà elle maudit leur lenteur !

À vos côtés, le temps coule pourtant insouciant et doux.
Il lui vient même des envies de courir avec vous le guilledou !

Elle envisage soudain, pour tester l'agilité de sa plume, de vous surprendre,
D'oublier les règles de bienséance
Et jusque ses certitudes de femme bien rangée.
Elle fait ainsi s'afficher sur votre écran un aveu :
Vous confie ressentir en son ventre les picotements d'un inavouable feu !
Elle veut penser que vous sourirez,
Que vous frémirez peut-être même de son impudence,
La priant de s'expliquer mieux et sans attendre.

Elle vous dit alors son envie de vous
Qu'elle ne connaît point du tout !

Vous vous taisez un long, très long moment.
Elle croit d'ailleurs vous avoir offusqué, déplu,
Hésite entre reprendre sa plume pour vous présenter des excuses
Ou à tout jamais se déconnecter.
Elle commence cent messages, vite effacés.
De n'avoir su préserver votre amitié elle est si confuse.
Et puis... Des mots de vous, qui, à peine arrivés sont déjà lus :
Vous lui enjoignez le silence, en souriant !

Elle devine qu'elle n'a point suscité en vous le dégoût,
Et qu'elle a bien fait de jouer son va-tout !

Alors elle guette,
Une minute, puis deux, vingt, soixante-trois...
Pour patienter, elle lit, roman et messagerie,
Écoute ici une chanson,
Gribouille là quelques vers, polissons ou non.
Elle se pose des questions aussi :
Que lui préparez-vous ? Vous êtes si coi...
Elle appréhende votre état d'esprit, s'inquiète.

Elle se reconnaît volontiers casse-cou.
Oh, vous la verriez : on la croirait ointe de teinture de rocou...

S'affiche alors une quantité faramineuse de caractères sous ses yeux :
Vous venez de lui répondre !
Elle commence, comme elle le fait chaque fois,
Par vous survoler, en diagonale,
Pour prendre la mesure de votre moral :
Êtes-vous indigné ou en joie ?
Quelques mots accrochent son regard et la font fondre :
"Caresses", "plaisir", "baisers audacieux"...

Rassurée, elle reprend sa lecture, de bout en bout,
S'imprégnant des sonorités, du spectacle qu'élabore son esprit filou...

Car vous lui avez écrit un texte érotique !
Oh, ce n'est pas la première fois qu'à ses regards s'expose telle littérature.
Cette forme ne la scandalise nullement,
Elle n'a pas froid aux yeux !
Certains ouvrages sensuels sont d'ailleurs à ses yeux bien plus gracieux
Que de frustes ou d'alambiqués romans !
Mais voilà que vous lui offrez cette lecture :
Rarement l'on a manié sa plume pour la chatouiller, elle, de façon impudique...

Elle en a le rouge aux joues
Et le souffle court, elle le reconnaît sans tabou !

Mais elle l'a cherché,
Aussi ne va-t-elle pas jouer les sainte-nitouche !
Elle parcourt avidement les premières lignes,
Dans lesquelles vous exposez vos recommandations :
Vous lui demandez de tout lire, avec passion,
Vous exigez que pas même des yeux elle ne cligne,
Même si les mots l'effarouchent ;
Qu'elle plonge dans les images de votre esprit comme en elle vous aimeriez pénétrer...

Vous lui expliquez que vous ne pouvez sortir de chez vous,
Mais que vous êtes là, dans son cou...

Alors elle frissonne, de la tête aux pieds,
Croyant sentir vos lèvres se déposer sur sa peau.
Elles sont chaudes, légères comme le seraient les pattes d'une mouche.
Son cœur déjà bat la chamade.
Comme si elle craignait la noyade,
Elle aspire une grande goulée d'air par la bouche,
Et sans plus tergiverser se jette à l'eau.
Elle se sent prête : à vous de l'enflammer !

Vos mots l'apprivoisent mais... Oublions votre texte voulez-vous ?
Vivons la scène à sa manière : où en étions-nous ?

Vos lèvres s'entrouvrent, goulument.
Après l'avoir effleurée, si sensuelles,
Elles découvrent dans un carnassier sourire
Vos dents blanches et affûtées
Qui aiment tant de certaines chairs se délecter.
Son cou s'offre à votre morsure, s'étire :
Juste frôler cette partie de son anatomie éveille son instinct sexuel ;
D'ailleurs les cuisses elle serre, fortement...

Elle voudrait s'offrir à vous,
Être à la hauteur de vos rêves les plus fous.

Elle observe tressauter de votre gorge la pomme d'Adam,
Danser sur vos bras, vos mains, d'impressionnants serpents veineux :
Deux particularités physiques qui ont le don de la séduire,
Ne lui demandez pas pourquoi !
En elle bouillonne l'émoi,
Vous le devinez : elle n'est plus apte à fuir,
Son corps fond pour vous, libidineux.
Tout son être, jusque son âme, vous réclame, se tend !

Mais vous avez établi des règles bien à vous
Et n'attendez point un abandon si... mou !

Aussi lui intimez-vous votre souhait de la voir fermer les paupières.
Elle y consent, non sans un frisson.
À ses côtés, vous faites un vacarme de tous les diables,
Pour qu'elle ne devine ce que lui mijotez,
Puis de votre poche sortez
Deux gants de cuir et un foulard de soie d'une douceur indéfinissable.
Vous enfilez les deux premiers, lui caressez le visage du second
Et lui enjoignez désormais de se taire.

Cela ne lui sera pas difficile du tout :
À sa bouche, quand il s'agit de parler de sexe, point besoin de verrou...

Elle garde les yeux clos,
Suit sur chaque parcelle de son épiderme facial
Le parcours de la soierie.
À l'oreille vous lui murmurez alors de se dévêtir.
Le regard toujours emprisonné derrière ses cils, non sans rougir
Et parce que votre désir aussi elle a ressenti,
Elle accède à votre demande, sans faire de scandale,
Sans même vous tourner le dos.

Elle se tient face à vous, debout.
Vous vous amusez de sa moue !

Vous prenez votre temps,
La laissant, tremblante de timidité, dans l'expectative.
Elle est belle, la lumière du jour joue avec ses courbes,
Dessine d'attirantes ombres, éclaire ses monts...
Vous n'en dites rien, mais déjà un peu plus serré est votre caleçon...
D'un pas silencieux, leste, presque fourbe,
Vous vous approchez de votre captive
Et lui passez le bandeau, prestement.

Sur ses cheveux, vous déposez un infime bisou,
Puis reculez, vous imprégnant du tableau : voyeur seriez-vous ?

Elle triture ses doigts, à les poser ne parvient :
Camoufler le sexe, les seins ?
Croiser sur le ventre les avant-bras ?
Ses mains ne sont pas suffisamment grandes pour la dissimuler
Et vous proclamez vouloir de tous vos yeux la détailler.
Lui en tombent les bras,
L'exposant, nue, soumise, enfin,
Embarrassée, gauche, vous vous en doutez bien !

La blancheur des peaux féminines a le don de vous rendre fou,
Mais vous savez vous contenir, rusant avec vos pensées tel un sioux !

Vous l'examinez, prenant tout votre temps,
Savourant des yeux chaque recoin de son corps.
Ses seins en forme de citron vous révèlent sans doute aucun son intime friponnerie
Qu'à elle-même depuis si longtemps elle dissimule.
Ils dénoncent aussi son caractère de mule
Et affirment sa joie de vivre malgré les petits et gros soucis.
Vous devinez que de la femme vous ne voyez que la chenille encore,
Et imaginez déjà la transformer de vos mains en un papillon blanc...

De son entrejambe vous ne détachez à présent plus votre regard voyou.
Dans son écrin vous supposez le bijou.

Elle soupire, incommodée par sa posture et l'absence de vos mots.
Elle tressaille,
Accélère involontairement le rythme de son souffle.
Vous ne faites pas un bruit,
Si ravi qu'elle ne s'enfuie.
Vous ne le reconnaîtrez, mais elle vous époustoufle :
Cette femme-là n'est point menue blanchaille,
Vous la voulez, peau contre peau.

Pour vous déshabiller, vous ne comptez que sur vous.
Sans cette entrave sur ses yeux, elle verrait enfin le loup...

Sa peau diaphane,
Sa pudeur excessive,
Sa presque virginité...
Tout ce qu'elle a à vous offrir,
Ne peut que vous séduire.
Le désir un instant encore réfrénez :
Elle vous semble si chétive,
Vous craignez qu'elle ne soit prête pour vos partitions de mélomane...

Vous vous approchez pourtant, sans faire de remous,
Et agrippez par derrière son cou.

Vos doigts glissent sur ses cheveux, tendrement,
Resserrent le nœud du bandeau.
Votre corps, nu, se love contre ses fesses,
Vos dents mordillent la chair de son cou.
Vous savez qu'elle va se donner à vous :
Ses jambes ploient déjà sous vos caresses,
Hérissée de chair de poule est sa peau.
L'une de vos mains va vers son sexe descendant.

Vous lui murmurez d'oublier ses tabous,
De se livrer, pour le plaisir, entièrement à vous.

Elle vous chuchote sa peur
De ne savoir faire, de n'être point douée,
Sa crainte
De ne pas à vous plaire parvenir.
Dans son dos, votre pénis ne cesse de grossir,
Vous le lui prouvez d'une bestiale étreinte.
Vous lui dites n'attendre d'elle qu'abandon et félicité,
Lui commandez de vous faire confiance, que vous serez un doux dominateur.

Alors vous empoignez ses cheveux, d'un coup,
Et les tirez en arrière, qu'elle ploie comme une frêle pousse de bambou.

Dans le noir où elle est plongée,
Se développent peu à peu ses sens.
Le cuir de vos gants, à l'odeur fauve,
Crisse à ses oreilles,
Excite sa peau qui s'éveille.
Il a sur ses lèvres texture de guimauve,
Et déjà d'avant en arrière elle se balance
Pour, sur cette main de velours, se frotter.

Vous ne savez encore combien son sexe est doux,
Plus fondant qu'un moelleux au chocolat, le croyez-vous ?

Vers la table vous l'entraînez, prudemment,
Vous assurant que contre quelque meuble elle ne se cogne.
En chemin vous vous saisissez de la ceinture de votre pantalon,
Une idée bien précise en tête !
Vous êtes à la fête,
Sentez qu'elle vous offre, sans trop lutter, son corps et sa soumission.
Alors, lui signifiez avec autorité de ne point ressentir de vergogne
Tandis que lui attachez, de votre ceinture, les mains dans le dos, étroitement.

Une exclamation sa bouche décloue.
Mais elle rend les armes, sûre que vous n'êtes point de ceux qui, après l'action, les femmes bafouent.

Le plateau boisé de l'autel sur lequel vous souhaitez la déguster
Est si froid sous son buste...
Ses mamelons se rétractent,
Coupé est son souffle.
En son sein son cœur fait un tel baroufle
Qu'elle comprend qu'il n'est plus temps qu'elle se rétracte :
Elle choisit d'assumer et sa position ajuste,
Que son sexe vous apparaisse, nu, ouvert, absolument dévergondé.

Pour la remercier, vous déposez un bisou
Juste à l'orée de son minou.

Elle creuse davantage les reins,
Redressant au maximum son joli postérieur
En se mettant sur la pointe des pieds.
Votre langue s'insinue,
Va, vient, lape, joue, lèche à bouche que veux-tu.
Vos mains s'agrippent, l'une à ses poignets liés,
L'autre à sa croupe, flattant ses rondeurs.
Le moment est divin !

Elle pourrait jouir mais à votre plaisir se voue :
Elle attend que ce droit on lui alloue...

Vous avez compris qu'elle est au bord de l'abîme
Et réprimez vos assauts.
Une simple pénétration, brutale et profonde,
Pour lui prouver votre vigueur,
Vos doigts enserrant son cou, en fier possesseur.
Sur son corps déferlent de bonheur les ondes
Tandis que vous embrassez avec dévotion son dos
Dans une étreinte sublime.

Vous hésitez à la mettre à genoux
Mais vous fiez aux gémissements qui, lentement mais sûrement, sa voix enrouent.

Vous l'aidez à se remettre sur pieds
Puis l'accompagnez dans sa descente,
Entourant amoureusement sa taille de vos bras :
Vous ne voulez pas qu'à terre elle se flanque !
Elle n'est point experte et ses mains lui manquent,
Mais sa bouche trouve très vite votre anatomie, dressée telle un mât,
Et la fait fondre sous sa langue caressante.
À votre tour, vous vous laissez, un bref intervalle de temps, aliéner.

Vous savourez son antre chaud, humide, doux,
Mais tenez à montrer que le maître reste vous !

Un peu brusquement, les doigts en coupe sous ses seins,
Vous la relevez
Et la couchez sur la table.
Elle est un peu gênée par ses poings,
Aussi lui conseillez-vous de les utiliser sous les fesses comme coussins :
La position n'en sera que plus confortable !
Ses jambes alors saisissez, écartez, jusque vos épaules surélevez,
Pour, de votre sexe, lui faire un intime câlin.

La caresse est si impudique, votre pénis se frottant à elle, sans tabou...
Lui revient aussitôt le feu aux joues !

Après nombre d'allées et venues,
La sentant au paroxysme de l'envie
Et ayant vous-même le membre gorgé d'un violent désir,
Vous la portez, empoignant à pleines mains ses fesses.
Elle ne peut à vous s'accrocher, aussi, avant que de la pénétrer, votre corps s'affaisse :
Une chaise est heureusement là pour vous accueillir !
Vous désirez lui infliger le supplice du pal, elle y aspire aussi,
Massant l'un contre l'autre, dans un mouvement régulier, vos deux sexes éperdus.

Elle est légère comme tout,
Pour vous insinuer, cela est un atout !

Ses pieds calez sur les barreaux latéraux,
Qu'elle puisse, à coups de talons,
Vous aider à régler le flux des offensives.
Commence alors une lutte endiablée, débridée, débauchée,
Les effluves de vos corps mêlées.
Vous lui ôtez même le bandeau, cherchant à voir ses pupilles lorsqu'elle s'active.
Elle vous lance un tel regard furibond
Que la jouissance monte en vous, au triple galop !

Heureusement pour vous,
L'orgasme la fouette sur le coup !

Ses liens, à bout de souffle, lui retirez.
Ses bras vous enserrent le cou,
Sa bouche vient y déposer un baiser ultime.
Vous l'étreignez, heureux et fier,
Si fier de votre partenaire...
Vous espérez qu'elle ressent que vous lui portez beaucoup d'estime,
D'avoir osé se soumettre à vous,
Car le silence d'après tempête ne voulez briser...

 

 

Elle rouvre les yeux, le cœur encore un peu fou.
Sur son écran, du noir, c'est tout !

Il s'est mis en veille,
Si longtemps qu'elle est perdue dans les pensées
Qu'a inspirées le texte que lui avez écrit...
Elle reprend pied dans la réalité, peu à peu,
Et ose vous tapoter sur son clavier un aveu :
Votre plume l'a attendrie, excitée bien sûr aussi,
Pour ce genre d'exercice vous êtes doué !
Elle vous remercie d'avoir susurré de tels mots à son oreille...

Approchez donc votre joue...
Peut-elle y déposer juste un tendre bisou ?

 
Colin-maillard
Écrit par Plume Légère   
Jeudi, 22 Avril 2010 23:40

Eussiez-vous à subir, yeux bandés,
Les caresses buccales de mille femmes parmi lesquelles je serais cachée,
Nul doute que sans hésitation vous me reconnaîtriez...

Dieu vous préserve, évidemment,
D'un tel châtiment !
De mes lèvres seules vous êtes friand !

Mais, imaginons.
Mille femmes, mille fellations.
Et moi, la dernière, alors que votre sexe n'éprouve sans doute plus que pénible sensation !

Quoique non, il ne serait probablement pas douloureux !
Allons, allons, lisez-moi donc un peu mieux :
Vous m'identifieriez même sans les yeux !

Ainsi donc, toutes mes adversaires auraient tenté leur chance,
Mais vous auriez, dès les premiers effleurements, repoussé leurs avances,
Clamant "Ce n'est pas Plume !" avec grande assurance.

Vous n'auriez pas tenu le compte des courtisanes.
Lorsqu'enfin l'on me conduirait vers vous, crâne
Je marcherais, fière comme la favorite sultane.

M'eut-on menottée dans le dos,
Pour que mes mains ne puissent affoler votre peau,
Il ne me serait pas malaisé de vous faire accepter mes assauts.

Sans doute seriez-vous assis,
Las de toutes ces vaines péripéties...
Non, debout ! Moi à vos pieds, votre désir s'intensifie !

Alors, dressée sur mes genoux,
Je me démasquerais devant vous.
Un geste, et c'est tout.

Il me suffirait en effet
De tendre ma langue vers votre tour de guet...
De la poser tout au bout d'abord je me contenterais.

Je ne crois pas prétentieux d'affirmer
Que vous vous raidiriez.
Je n'aurais point eu le besoin pourtant de vous avaler...

Je sais pertinemment
Que vous attendriez, tous vos sens s'éveillant,
Soudain attentif, à l'affût, déjà gourmand.

Alors, de me retirer, une seule seconde, j'aurais le front,
Vous laissant languir avant de revenir, pour de bon.
En tête mon seul but : votre pâmoison.

Un baiser léger, doux, amoureux,
Au bout de votre pénis, au port - excusez ces propos calomnieux -
Encore peu avantageux...

Puis toute une avalanche, presque par inadvertance.
Ne croyez de ma part à aucune manigance !
Sans doute soupçonnerais-je déjà une légère excroissance...

Mes lèvres glisseront le long de votre organe,
Si légères, telles les doigts d'un cleptomane,
Qu'à peine frémira ce que Rabelais eut nommé votre balane...

Et pourtant, de me repousser vous jugeriez qu'il est encore trop tôt !
Aussi m'enhardirais-je, qu'en la matière vous vous sentiez presque puceau :
Ma langue s'acoquinera avec votre peau !

Elle vous lèchera à l'envi,
D'un sensuel appétit.
Vous en resterez interdit !

Dessus, dessous,
Des bisous, filous, tout fous et sans tabou.
Et vous... Au garde-à-vous !

De m'arracher à vous, les doigts alors on se mordrait :
Par le désir à ma merci je vous tiendrais.
Il ne serait que de lire la concentration sur vos traits...

Et puisque je ne me satisfais de savoir embraser,
À pleine bouche il me faudrait vous déguster :
Vous ne pourriez désormais plus qu'abdiquer.

De mes lèvres serrées, je découvrirais votre gland,
Le pincerais délicatement,
Puis l'absorberais voluptueusement.

Instinctivement, vous vous approcheriez, pour entrer plus profond.
Je ne dirais pas non,
Vous souhaitant au diapason.

Seulement alors j'accélèrerais le jeu,
Puisque vous m'auriez reconnue et m'en auriez fait publiquement l'aveu.
Les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres femmes n'auraient plus qu'à en prendre de la graine, morbleu !

Il me serait grande réjouissance
D'observer de près de votre sexe la tumescence.
Mais je ne serais pas là pour étudier les sciences !

Je vous engloutirais de nouveau, et il ne sera pas dit que vous m'entendriez qui ahane...
Je vous enfermerais dans mon humide cabane,
Et de ma langue vous arracherais des soupirs... Je suis mélomane !

Tandis qu'en moi disparaîtrait votre organe fiérot,
Je l'aspirerais, comme l'eau que l'on boit au goulot,
En douceur, tendrement, pour ne point fragiliser votre peau.

Je sais que vous ne résisteriez à l'envie
De saisir entre vos deux mains mes cheveux, attendri.
Et puis...

Et puis, insensiblement, vos doigts se posteraient à la base de mon cou.
Je résisterais, une première fois, m'écartant de vous
Vous léchant des testicules au gland à vous en rendre fou.

Enfin alors je vous céderais,
À votre rythme me plierais.
J'irais et je viendrais, j'irais et je viendrais, j'irais et je viendrais...

 

Il est l'heure, ami, de nous réveiller !
Quel est donc ce rêve que je fis cette nuit ? Attendez...
Il me souvient juste un harem dont j'étais la préférée...

 
Le petit chat
Écrit par Plume Légère   
Jeudi, 15 Avril 2010 00:00

C'était devenu l'une de leurs habitudes.
Lui, crâne et hédoniste, avait achevé ses études.
Elle, timorée et prude,
Avançait dans la vie, affublée d'irrécusable rectitude.
À ses côtés exclusivement elle osait se délester de toutes ses certitudes,
Tremblant, implorant même en son for intérieur qu'il la dénude...
Il était à son existence le doux et nécessaire interlude.

Lorsque le soir revêtait sa robe couleur de nuit,
Il la venait quérir, comme l'eut fait un taxi,
Et l'attendait, au pied de son minuscule logis.
Sans sous-vêtements avoir mis
Puisqu'il exigeait qu'elle sorte ainsi,
Elle dégringolait les escaliers jusque lui,
S'oubliant... Non, ne pensant enfin plus qu'à elle le temps de la nuit.

Le véhicule n'était point sien, il l'empruntait à une mégère
Qu'à la dérobée elle nommait « Reine Mère »
- Car, voyez-vous, elle ne l'appréciait guère...
Cette douairière avait trop lu Cendrillon et autres contes populaires
Et aspirait à ce que sa bru à ses caprices se soumette, soubrette avec muselière.
La jeunette souriait, se sachant impudique, les fesses à l'air :
Combien elle aurait aimé outrer la rombière en lui dévoilant son derrière !

Oh, ils l'avaient déjà étrennée, cette voiture
Car, même si pure
- Ni son corps, ni même son âme n'étaient encore entachés de la moindre souillure -
Elle avait grand soif de ses mains aux doigts si sûrs
Et s'y abandonnait, jusque dans la démesure,
Forçant la cambrure si d'aventure
Ils s'immisçaient sous son armure.

Tel était donc le théâtre de leurs ébats.
L'usage était qu'il la conduise à plusieurs kilomètres de là,
En un lieu qui surplombait la mer, en contrebas.
Peut-être êtes-vous déjà allé là-bas ?
Un petit chemin descend en lacets jusqu'un phare blanc et incarnat
Qui dans le noir scintille d'un jaune éclat.
Face à lui s'alignent les Tas de Pois : ce que signifie ce nom, je ne le sais pas !

Le lieu est paisible, à la nuit tombée,
Mais pour batifoler
Avec votre promise aimée,
N'y allez pas en pleine journée !
Les randonneurs y forment des nuées,
Vous ne profiteriez d'aucune intimité
- Et risqueriez même d'être vertement semoncé !

Ils avaient pour coutume
De venir observer l'écume
Que l'iode dans ces contrées parfume.
Là, il attendait que de désir elle se consume,
La caressant, légèrement, que le feu en elle s'allume
Et que contre lui elle ne nourrisse nulle amertume.
Il se régalait que le pare-brise peu à peu s'embrume.

La radio diffusait une émission friponne,
Dans laquelle l'animateur usait de mots qui l'imagination aiguillonnent,
De ceux qui, susurrés avec fermeté à son oreille, aujourd'hui encore la désarçonnent.
Elle rougissait qu'ainsi on l'éperonne,
Craignait qu'un promeneur tardif les espionne...
Tous s'accordaient en effet à la qualifier de poltronne !
Pourtant devant les inconvenantes caresses, elle se montrait si gloutonne...

Car oui, il était habile de ses dix doigts !
Quand il estimait qu'elle en avait le droit,
Que lui-même dans son caleçon se sentait à l'étroit,
Il les glissait dans le plus intime de ses endroits.
Toujours ils se montrait courtois,
Ne la laissant jamais aux abois :
À lui il voulait pour toujours l'assujettir, il était très matois !

Cette nuit-là, alors que la Voie Lactée scintillait de mille feux
Et que la voûte céleste s'agrémentait d'un sombre camaïeu,
Il avait modifié la règle du jeu :
Il la voulait combler mieux,
Étaler comme sur un oreiller ses cheveux,
De la tête aux pieds la contempler, consciencieux,
Et de désir mourir, à petit feu.

De la voiture il lui avait sommé de sortir.
Sa main, il s'était empressé de saisir
Et, tournant le dos au phare qui ne cessait son œil de fermer et d'ouvrir,
Sur le chemin de randonnée, dans la pénombre, il avait œuvré à la conduire.
L'on n'entendait que la mer bruire.
Sous la frondaison il lui avait soudain demandé de s'introduire.
- Les ronces n'avaient eu de cesse ses jambes de meurtrir !

Sous la lueur blafarde de la lune,
Sur un lit de bruyères et de mousse fort opportunes,
Il avait délicatement couché sa brune.
Sans crainte aucune
Que ne les aperçoive quelqu'un ou quelqu'une,
Il lui avait retiré ses parures, une à une,
Se félicitant de sa bonne fortune.

Elle s'était bien un peu débattue,
Avant de se retrouver nue :
Elle était encore ingénue
Et sa morale guidait sa vertu...
Mais il lui plaisait tant et plus
- Dès le premier jour il l'avait émue -
Qu'elle voulait bâillonner toute retenue.

Faire de ce moment un instant magique,
Onirique.
Lui prouver que pour elle il était unique
Et le rendre, à son tour, d'elle, boulimique !
Espérer qu'il s'applique,
Romantique.
Et être à la hauteur de ses rêves érotiques...

À leurs pieds, à hauteur du plateau des Fillettes,
Un bateau faisait route vers la cité quasi muette.
Les marins pouvaient-ils apercevoir sa blanche silhouette ?
Ils pénétraient dans le goulet, chacun son idée en tête :
Celui-ci ne rêvait que de sa couchette,
Celui-là qu'on le débraguette ;
Quant à cet autre, il n'était plus apte à rêver, déjà trop pompette !

Elle le sentit monter à l'abordage.
Ses mains avaient si bien œuvré à son domptage
Qu'elle musela tous ses blocages
Lorsqu'il coupa court aux badinages.
Elle n'était plus que l'amante sage
Qui s'offrait sans ergotage,
Impudique, affamée, prête pour le décollage.

Les yeux rivés sur les étoiles,
Elle se laissait caresser dans le sens du poil.
La scène lui semblait une toile,
Elle s'étonnait que ses ardeurs ainsi se dévoilent.
Elle craignait tant que son éthique sainte-nitouche ne la force un jour à mettre les voiles,
Qu'elle eut presque aimé que sa libido s'entoile...
Elle pourrait alors à loisir admirer son tableau, derrière les larmes et leur voile.

L'on entendait le doux clapotis
Des vagues alanguies...
Ou n'était-ce point plutôt son intime anatomie
Qui émettait l'humide bruit ?
Sa main à lui
La câlinait, la fouillait, la pénétrait à l'envi.
Combien de fois avait-elle joui ?

Le phare du Petit Minou - tel il se nommait -
Sa ronde poursuivait,
Tandis que dans son minou à elle ses doigts profondément il engouffrait.
Elle se raidissait, haletait, se donnait,
Perlait, criait, ronronnait,
Se cambrait, tanguait, exultait.
Lui ? Il s'excitait, bandait...

 

L'histoire ne dit pas
S'il la fit sienne cette nuit-là...
Mais l'émotion est toujours là
Lorsqu'elle repense au phare, là-bas, tout là-bas,
Aux marins qui rentrent au port, fourbus et las,
À la bruyère qui lui servit de matelas,
À ses doigts, qu'il avait si agiles et délicats...

 

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Traditions familiales
Écrit par Plume Légère   
Lundi, 05 Avril 2010 00:56

Elle s'affairait depuis le matin,
Cuisinant, lustrant et chantonnant
Pour que tout soit prêt, enfin,
Lorsqu'arriveraient nièces, grand-père et parents.

Elle n'avait dérogé à la coutume ancestrale.
Sur un grand plat de faïence fièrement trônait
Le baba au rhum qui embaumait, immoral :
Un sirop de sucre alcoolisé abondamment le baignait.

Il était ambré, tout chaud,
Et lancinamment tentait sa gourmandise.
Elle préféra lui tourner le dos
Et continuer les préparatifs à sa guise.

Dans un saladier elle fit monter
La chantilly - pour elle aussi elle se reconnaissait une faiblesse...
Il ne lui restait qu'à camoufler
Dans le jardin les chocolats pour la jeunesse.

Son petit monde survint alors
Et ce ne fut plus que rires, embrassements, exclamations.
Les bambins eurent tôt fait de partir en quête de trésors,
Le soleil pleuvait à profusion.

Le temps s'écoula, moment par elle chéri :
L'on parlait, souriait, dévorait, plaisantait,
Elle-même se sentait si bien, si en vie...
Et vint le dessert : le baba que la crème accompagnait...

Allez savoir pourquoi,
Lui vint en tête, précisément à cet instant,
Un éblouissant émoi
Ressenti autrefois auprès d'un inventif amant.

Il avait pour passion les chairs,
Qui par tous les sens se savourent.
Tous les fruits de la terre
S'étaient prêtés à leurs jeux d'amour...

De chantilly il l'avait un soir nappée.
Gourmand, il l'était fort,
Et à petits coups de langue, répétés, appuyés, osés, dévergondés,
Il l'avait nettoyée, encore et encore.

Un frisson la parcourut
Tandis que ses cuisses se raidissaient tout-à-coup.
Elle fut embarrassée à l'idée que l'on ait vu
La rougeur qui enflamma ses joues.

Elle posa sur la table le gâteau
Et se souvint que le café passait, lentement, dans la cuisine.
Elle le rejoignit aussitôt
Manquant tomber sur la récolte chocolatée enfantine.

Le choc fut plus rude encore !
Dans sa mémoire était gravée une séance charnelle
Audacieuse, délicieuse pour son corps...
Vous la décrit-elle ?

Très bien, comme l'on dit,
"Qui ne dit mot consent" !
Sachez  pour commencer que d'"outils" l'amant s'était muni...
Mais non, rien de bien méchant !

Une coupelle en fine et blanche porcelaine
Dans une main, de l'autre il tenait un pinceau à calligraphier.
Elle s'était laissé aller, curieuse, à ses fredaines
Et, avec talent, il l'avait parée .

De chocolat fondu et encore chaud
Il avait habillé son corps tremblant de désir, nu,
Faisant frémir chaque grain de la peau
Au gré des arabesques ingénues.

Si quelqu'un dans la pièce avait pénétré,
Il l'eut cru vêtue d'un tissu à jours :
L'on ne distinguait pas même l'aréole de ses seins gonflés,
Ni son sexe, dont elle cherchait malgré tout à masquer les contours.

Le chocolat à manquer était venu,
Et l'artiste, après tant d'efforts, un remontant exigeait.
A sa bouche avide elle ne put
Que présenter son corps qui déjà se cambrait.

De sa langue il était doué,
Elle vous l'a laissé entendre tout à l'heure...
Le cacao il avait léché,
Par le cou commençant, en douceur.

Il avait si bon appétit...
Il dévorait de bon cœur, croquant, suçant.
Le plat proposé semblait exquis,
À ses lèvres elle présentait les morceaux les plus tentants.

Les lignes qui ornaient ses seins
Furent englouties rapidement, trop rapidement à son goût.
Sur le ventre il descendit, sans remarquer qu'elle avait geint :
Seul comptait son rassasiement après tout !

Et puis... Et puis, il avait électrisé son pénil,
Délibérément, d'un grand coup de langue.
Il avait mis dans le mille,
De désir elle était exsangue.

De chocolat, par là il n'y avait pas !
En son sexe pourtant il s'immisça, sans crier gare.
Il titilla, mordit, lapa, excita
Tant et tant, de plus en plus égrillard...

 

Depuis cinq minutes, la cafetière signifiait de son gargouillis
Que de rejoindre les autres il était temps.
Elle poussa un petit soupir de dépit
Et sourit innocemment...

 
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