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Elle était leur enfant,
Elle était leur chair.
Pour elle, ils auraient remué ciel et terre,
Pour elle, ils auraient versé leur sang.
Quatorze ans plus tôt
Elle leur était née.
Chaque détail de ce jour en eux était gravé :
Il avait été si beau !
Après un certain nombre de contractions,
Décuplant chacune de la précédente la souffrance,
La mère lui avait offert ce qu'elle pensait être une chance :
La vie. Si déjà elle avait pu être assaillie de prémonitions...
Bébé tout fripé
Aux lèvres légèrement bleuies,
L'enfant avait soudain vagi.
Alors les parents s'étaient souri et, des yeux, l'avaient dévorée.
Fragile petite crevette,
Entourée de tout l'amour de ce tandem bienveillant,
Elle avait crû, si rapidement,
Qu'elle n'était déjà plus une adorable fillette.
Sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte,
Ses formes s'étaient développées,
Offrant à fantasmer
Au voisin qui n'en éprouvait nulle honte.
Il lui arrivait de plus en plus souvent, le soir venu,
De stationner derrière ses fenêtres, lumière éteinte,
Voyeur imaginant l'ignoble étreinte
Avec la jeune fille qui, le temps d'enfiler son pyjama, évoluait nue.
Ce qui se passait chez lui,
Les enquêteurs l'ont découvert peu après les faits :
Le pervers d'un appareil photo doté d'un puissant zoom se servait,
Des portraits en pied de la malheureuse on retrouva, tâchés, sous son lit...
Mais au bout de quelques mois de platonique intrigue,
Ces observations crépusculaires ne le satisfirent plus.
Il se mit à suivre, partout et à longueur de journée, l'ingénue.
Son entourage ne s'étonna pas de ses absences, son médecin lui ayant prescrit un arrêt pour "grosse fatigue".
La gamine avait coutume, en rentrant du collège après les cours,
De traverser un petit parc peu fréquenté.
Elle était toujours accompagnée,
Jusqu'à ce dramatiquement mémorable jour.
Qu'était-il arrivé à sa fidèle amie ?
Etait-elle malade ? Ou bien s'étaient-elles séparées après une dispute ?
L'homme ne se posa pas la question, bête en rut :
L'adolescente il ravit, sans crainte d'être surpris.
Il ne prit même pas la peine de la conduire en sa maison
Pour accomplir son méfait.
Il se contenta de la bousculer derrière un bosquet
Et de s'étendre sur elle de tout son long.
Cria-t-elle ? Supplia-t-elle ?
Quelle importance,
Il atteignit prestement la jouissance.
Mais, alors, que faire d'elle ?
Il n'avait point songé à cela auparavant !
N'allait-elle pas prendre ses jambes à son cou,
A ses parents raconter tout,
Qu'il se retrouve derrière les verrous, lui, l'innocent ?
Suffira-t-il qu'il explique qu'elle l'a aguiché,
Que cette nana le rend dingue,
Que dans cette histoire depuis des semaines elle l'embringue,
Remuant sous son nez ses petits nénés ?
Non, il n'est pas idiot !
Avec ses yeux de biche, elle saura apitoyer les magistrats,
Qui, de lui, ne feront aucun cas !
Ah, la garce, elle n'aura pas sa peau !
Il la regarde encore une fois :
Poitrine menue haletante,
Cuisses à la pâleur troublante...
Mais ses yeux révulsés d'horreur il ne voit.
Mais son corps de fillette il ne reconnaît.
Mais ses cris de terreur il n'entend.
Mais son cœur qui trop vite bat il ne sent.
Et sans doute, l'abomination de son acte il ne sait...
On retrouva la demoiselle,
Etranglée.
On chargea un policier
D'apprendre aux parents la funeste nouvelle.
Nul besoin leur chagrin
D'évoquer.
Nul besoin, sur leur désir de vengeance, de s'étonner.
Les êtres comme lui ne méritent que la mort, ainsi pensent certains...
L'homme n'échappa pas au tribunal.
Je ne sais comment il fut arrêté,
Juste qu'à mort il fut effectivement condamné.
On lui devait administrer une injection léthale.
Oh, bien sûr, la décision fut sujette à polémique :
D'aucuns prétextaient la folie,
D'autres invoquaient comme excuse la maladie.
N'aurait-il pas plutôt dû être suivi en hôpital, probablement psychiatrique ?
La controverse faisait rage,
Et ici il n'est pas question d'en débattre.
Qu'on le soigne, qu'on le tue, qu'on le châtre :
Nous ne parviendrions à nous accorder, même après maints bavardages.
Vint donc le jour de l'exécution de la sentence.
On le vint chercher dans sa cellule,
Autour de lui tout n'était que sombres conciliabules.
Dans une pièce on l'installa, face à une rare assistance.
Parmi les spectateurs, les parents orphelins.
Espéraient-ils que la mise à mort du bourreau de leur fille chérie
Vengerait les infâmies qu'elle avait subies ?
Croyaient-ils que, y ayant assisté, le sommeil leur reviendrait demain ?
On examina l'avant-bras du coupable.
Les veines n'étaient pas de bonne constitution,
Il allait falloir faire attention.
On en trouva tout de même une qui semblait acceptable.
Pour cette peine capitale,
L'on injecte pour commencer une solution saline
Qui permet de s'assurer que les veines correctement le sang dans le corps achemine.
L'on nota alors que la circulation par ce passage n'était pas optimale.
Alors on tâtonna, on palpa malgré l'aversion qu'inspirait le malotru :
Les deux bras, l'une des jambes...
Chacun se montrait ingambe,
Mais, au bout de deux heures, on dut s'avouer vaincu.
Le gouverneur de l'Etat ordonna un sursis :
L'assassin croupirait en prison encore une semaine,
Puis on le piquerait à mort, du moins espérait-on que cette fois cela advienne
Car cette attente, pour personne n'était une vie.
Pensez donc au couple désenfanté :
Avant de pouvoir commencer le lent processus du deuil,
Il leur fallait franchir ce seuil,
S'assurer que ne se relèverait plus jamais le meurtrier.
Pensez aussi à l'équipe d'exécution :
Combien pénible était leur tache,
Ils n'étaient que bravaches,
Nul doute que leurs nuits étaient écourtées par les cauchemars, véritables obsessions.
Pensez enfin, si vous l'osez,
Au détenu qui avait rendez-vous avec la mort :
S'y préparer, sentir sa faux sur sa gorge, sangloter peut-être devant les matadors,
Et puis, respirer une nouvelle goulée au lieu, enfin, de sombrer...
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