Au papa,
Dont j'ai vécu l'effroi
Le temps infini d'un cauchemar, sans voix...
Aux surfeurs - anonymes dans leur combinaison,
Qui assouvissent de la mer leur passion,
Sans jamais quitter de l'œil les imprudents - toute mon admiration...
Saines et sauves.
Toutes les deux.
A bout de forces,
A bout de souffle,
A bout de cris.
Mais saines et sauves.
Toutes les deux !
Il eût été si soulagé de l'apprendre...
Sans avoir le temps de reprendre des forces,
De reprendre leur souffle,
A nouveau les cris.
L'annonce, atroce.
La fin des vacances.
La fin d'une vie.
La fin.
Quadragénaire allemand
- Mais il eût pu être d'une nationalité autre,
Il eût tout autant mérité vos patenôtres -
Il travaillait d'arrache-pied
Depuis quelques vingt années,
Pour pouvoir prendre du bon temps :
Quelques semaines en été,
Avec filles et douce moitié ;
A Noël, une ou deux autres,
Comme vous qui passez les fêtes avec les vôtres ;
De vous il n'était point si différent.
Cette année-là, ils avaient longuement réfléchi :
Pourquoi ne pas s'aventurer en dehors de l'état,
Découvrir un pays qu'ils ne connaissaient pas ?
Ils avaient opté pour la France,
Stéréotype de la bombance, de la jouissance, de la romance.
La Bretagne ils avaient préféré à Paris,
Pour son incomparable et sauvage magnificence,
Pour ses gens d'une extrême obligeance,
Pour son doux climat...
Dans le pays bigouden, ils avaient repéré un endroit :
"Pors Carn" lisait-on sur la carte, en tout petit.
Les chaleurs estivales s'installaient, dorant légèrement les peaux.
Encore quelques jours de travail
Et ils avaient chargé la voiture de tout leur attirail.
L'au revoir au nid avait été très rapide,
Chacun se rêvant déjà en aventurier intrépide.
Les kilomètres avaient défilé sous le capot,
Déroulant leur tapis gris jusqu'aux roches granitoïdes
Du petit port d'échouage, presque vide.
Vite, le camp de fortune l'on avitaille
Et l'on se promet que nul ne rouscaille,
Même devant les aléas de la météo !
Les vacances avaient alors pu commencer.
Chaque matin, à pieds l'on pêchait les coquillages,
Puis l'on en décousait ensemble, à la nage.
L'eau fraîche ravigotait les membres,
Bien mieux que du gingembre !
L'on était alors fin prêt, le repas avalé,
Les esprits aiguisés, au demeurant fins comme l'ambre,
Pour une bonne sieste hors de la chambre.
Au-dessus des têtes, juste trois nuages et le feuillage
Produisaient un coin d'ombrage.
Cela aurait pu durer tout l'été.
Mais "les histoires d'amour finissent mal,
En général"...
Cet après-midi-là,
Seuls s'étaient endormis la mère et le papa.
Les deux adolescentes complotaient tout bas...
Elles griffonnèrent sur un papier
"Revenues pour le goûter !",
Et s'en allèrent baigner.
Méfiance !
A la pointe sud de Pors Carn
La mer n'est point sous surveillance !
Si le drapeau rouge à flotter s'acharne,
De vous immerger ne commettez l'imprudence !
Sans doute ne le leur expliqua-t-on pas...
En difficulté rapidement elles se trouvèrent,
Le violent courant et les vagues vers le large les portèrent.
Les surfeurs, épris de leur bleue,
Ouvraient heureusement les yeux !
Les jeunes filles, ballotées,
Ne parvenaient
A respirer.
L'eau glacée
S'engouffrait
Dans les bouches bées,
Les nez.
Crier ?
Personne à héler,
A portée.
Têtes immergées,
S'évertuer
A nager,
Suffoquer,
Couler,
Remonter.
L'eau iodée
Avaler,
Hoqueter,
Cracher.
Inspirer,
Hurler,
Lutter.
En vain.
Et soudain,
Sentir une main...
Se laisser porter par l'homme,
Pleine de cet espoir qui assomme.
Se laisser étendre sur la plage,
Reconnaître de sa sœur l'image,
Et sourire, en remerciant par-delà les nuages...
Percevoir l'agitation,
Les vrombissements des hélicoptères,
Entendre les sirènes des rouges fourgons,
Ne pas réaliser que le père...
Le père s'est levé, pour assouvir une envie.
Le mot de ces filles il ne vit :
Le vent avait forci,
L'emmenant avec lui.
Mais les cris il ouït...
Il s'élança, tête la première,
Volant au secours de sa chair,
Sans réfléchir, sans hésiter, sans se défier de la mer...
Elle l'épousa corps et âme,
Etouffant d'un baiser ses larmes et sa flamme.
Sans avoir le temps de reprendre des forces,
De reprendre leur souffle,
A nouveau les fillettes poussèrent des cris.
On leur vint annoncer
Que leur père s'était noyé
En voulant les sauver.
Son corps on venait de retrouver,
Si elles voulaient bien venir l'identifier...
La mère approchait, tant de questions aux lèvres.
Dans ses yeux, rien. Rien que de la fièvre.
La fin des vacances.
La fin d'une vie.
La fin.

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J'aime beaucoup ce "Fouillant la...
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Quel dommage de ne m'avoir laissé vot...
Je n'ai plus de l'arme que le goût in...