Du balai !
Écrit par Plume Légère   
Mercredi, 12 Août 2009 01:00

A rude épreuve elle avait été soumise,
Souillée.
Dans la poussière elle était restée assise,
Comme tuée.

Son drame elle l'avait tu,
Craintive.
Elle n'aurait pas dû :
Elle n'était pas la fautive !

Pour ce genre d'animaux, elle n'éprouvait que dégoût,
Répulsion.
Des membres érigés ou mous,
Elle riait désormais de méchante dérision.

C'est à ce moment-là qu'il était entré dans sa vie,
Romantique, pas pressé.
Petit à petit,
Elle n'avait pu que se laisser apprivoiser.

Malgré ses baisers fougueux,
Longtemps leurs caresses étaient restées timides.
Il la courtisait, la dévorait des yeux,
Laissant monter le désir, qui deviendrait bientôt torride.

Un jour il lui avait offert
Un préservatif, évidemment encore emballé,
Lui disant qu'il attendrait son feu vert,
Que quand elle se sentirait prête, à coup sûr il le serait !

Tournant le dos à son propre plaisir,
Il lui avait alors appris à se laisser câliner.
Sous ses mains elle se sentait frémir,
Elle lui reconnaissait un excellent doigté !

Dans ses bras elle avait connu l'orgasme,
Alors que son boxer comprimait à grand-peine son érection.
La posséder n'était encore qu'un fantasme
Dont il était de plus en plus question...

A son corps défendant,
Ce matin-là elle fit mine
De n'entendre pas les protestations d'effarement
De la petite voix mesquine
Qui la menaçait d'être une nouvelle fois abusée, assurément,
Puis d'amour orpheline.

Elle pensait qu'il méritait mieux que sa méfiance,
Il avait attendu si longtemps...
Elle lui glissa alors dans la main le bout de caoutchouc, avec confiance,
Et il devint son amant.

Oh ! Elle lui parut forcément Sainte-Nitouche,
Et il ne se souvient probablement plus de cette première fois.
Elle s'ingéniait à ce que sa main ne touche
Pas son pénis bien droit...

Malgré son appréhension,
Elle osa et s'abandonna.
Il n'était que tendresse et passion,
Cela sans doute la sauva.

Depuis, bien sûr, leur ouvrage ils ont maintes fois remis :
Tantôt doucettement, tantôt bestialement, tantôt...
Sur des carrelages, des tables, des lits,
Dans une piscine, une salle de cinéma, le métro...

Pourtant elle sait que les cauchemars ne sont pas envolés...
Il s'échine à les tenir à distance
Mais ils reviennent régulièrement la hanter
L'exhortant lancinamment à l'abstinence.

Il paraît pourtant que, lorsqu'elle tait ses tabous,
Elle sait fort bien exciter,
Qu'on la pourrait nommer de femelle toutou
Quand elle se permet d'être dévergondée...



Dans le secret de son âme,
Elle espère un jour revoir celui qui l'a si intimement blessée.
Ces retrouvailles, elle en a maintes fois tissé la trame,
Le dénouement ne lui apportant jamais la félicité escomptée.

Elle rêve parfois d'une rencontre fortuite, juste elle et lui...
Comme l'ultime fois,
Il ne paraît pas insensible à son charme et lui sourit.
Alors elle coupe dans sa tête la parole à toutes les voix,
Et l'aguiche comme elle l'a depuis appris,
D'un simple regard, d'une moue, d'une rondeur dévoilée sans en faire cas.
Il frémit, tombe dans le piège comme une énorme souris.
Rappelons que l'animal est précoce, le petit jeu longtemps ne dure pas...
Aussi, lorsqu'il semble à point, soudain elle rit, elle rit, elle rit,
Se libérant enfin de ses cauchemars, hontes et autres tracas,
Le laissant là, de désir transi,
La bite entre les jambes, ridicule ver qui lui fit si peur autrefois,
Si risible, si minable, si petit...


Oh, elle a bien sûr imaginé des scénarii moins indulgents,
Le souffletant,
Ou à sa face hurlant,
Le lui arrachant même... avec les dents !
D'autres aussi, bien plus réalistes vraiment,
S'effondrant dans la rue, pleurant et suffocant,
Ou son regard détournant, les joues rouges, le cœur à tout rompre battant,
Et pour toujours l'évitant...


Que leurs chemins ne se croisent plus,
Que dans son cocon définitivement un jour elle évacue
Sa souffrance, le souvenir de sa joie de vivre si vilainement perdue...

Commentaires (2)
  • David

    des mots forts et sensibles
    devenir femme dans fragilité et légereté de vie
    saisir ce désir malgré abyme de passé
    il est dur de grandir et continuer a rever
    mais ce sont les autres qui sont souillures
    la pureté est toujours la, en toi, en nous

  • Plume Légère

    Il m'eut été plus agréable de vous accueillir en mon nid par un texte plus doux, plus léger...
    Allons zou !, oubliez donc celui-ci et, auprès des autres, laissez votre imagination s'envoler, galoper...

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