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Elle n'existait pas.
Aucun registre d'état civil ne portait mention de son nom.
Elle était née, elle ne savait vraiment quand,
Dans l'esprit d'un oiseau
Qui tendrement l'avait couvée
Avant que de l'aider à briser sa coquille.
Lorsqu'elle avait éclos,
Ses regards plongèrent dans celui de sa génitrice,
Fouillant jusqu'au tréfonds de son âme,
Découvrant ses espérances
Mais aussi, candidement, toutes ses blessures.
Elle aurait alors voulu que par ses yeux d'enfant
Sa mère se vît :
Son visage n'était point si laid,
Et son corps pouvait susciter le désir,
Sans perversité...
Elle avait éperdument aspiré les larmes qu'elle voyait perler,
Bleues comme la nuit,
Les transformant une à une
En gouttelettes d'encre.
S'en abreuvant, elle s'était métamorphosée,
Prenant langoureusement les traits d'une femme,
Griffonneuse de rêves, érotiques :
Elle en voulait étourdir sa maman
Afin de la réconcilier avec sa féminité.
Elle avait promis d'être elle,
Libre comme l'air,
De ne point se laisser dominer ou entraver.
Suppliée de bien prendre soin d'elle,
Elle s'était engagée à ne jamais se laisser flagorner par les beaux-parleurs,
A dire non lorsqu'il le faudrait,
Lorsqu'elle le désirerait,
A se faire respecter
Parce qu'elle le méritait.
Puis elle s'était envolée,
Portée par les vents
Avec, pour tout bagage, une simple plume.
Toutes les cartes étaient rangées dans ses manches :
Elle était dotée d'atouts plaisants,
Sa plume était aiguisée
Et avait été testée sur un volontaire charmant
Qui en redemandait !
Elle pouvait s'élancer à la conquête du monde,
Pour y collecter des images fugaces d'enlacements,
Des instantanés de baisers,
Des impressions charnelles...
Elle se faufilerait dans les maisonnées,
Les arrière-cours,
Les chambres de bonnes,
Les cages d'ascenseur, ...,
Tout lieu où l'on se pouvait adonner aux plaisirs de l'amour,
Légitimement ou non.
Et la nuit, lorsque les corps se reposeraient,
Éreintés de sensualité,
Elle courrait sur le papier
Narrant les sentiments,
La fougue des embrasements,
Que sa maman ose à son tour accepter ses impulsions...
Il y avait tout de même un souci,
Elle le comprit bien vite,
Mais il était trop tard déjà...
Puisqu'elle n'était ni d'os ni de chairs,
Que de cœur l'on n'entendait nulle pulsation en son sein,
Serait-elle privée à tout jamais des transports qu'elle s'évertuait à décrire ?
Nul ne s'enticherait donc d'elle,
Ne la prendrait même dans ses bras
Lorsque seule, ou triste, ou effrayée elle se sentirait ?
Et si d'aventure elle s'éprenait malgré tout d'une autre plume,
Qu'adviendrait-il d'elle ?
Ne pourrait-elle contre elle se blottir,
Au moins ressentir une bouffée de chaleur ?
Nul n'avait pris le temps
D'y songer,
De réparer l'oubli...
Soudain sa venue au monde lui semblait cruelle :
On lui avait donné un semblant de vie
Lui en ôtant par avance tout le sel !
Oh, certes, elle ne craindrait pas les chagrins d'amour
Sans doute devait-elle s'estimer heureuse !
Elle était seule,
Égarée dans les méandres des chimères d'un oiseau...
Condamnée à parler d'amour,
Sans en connaître la saveur...
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:) adorable
une pensée, un souffle
s'introduisant en reves
création mutine et doucement perverse
un rire de fée ?
je me retourne, déjà partie