Ce soir : migraine...
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Écrit par Plume Légère
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Jeudi, 01 Avril 2010 14:18 |
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Elle est là, dans l'eau.
Paisible,
Insubmersible,
Elle se laisse porter par les flots.
D'elle n'émane
Que douceur.
Ces traits diaphanes
Sous la Lune sont lueur.
Sa chevelure défaite
Et dorée se déploie.
Au gré des vaguelettes,
Les longues mèches ondoient.
Elle ne porte pour tout vêtement
Qu'une robe qui adhère à ses courbes.
Son corps est si attirant...
Que fait-il dans cette bourbe ?
En vous approchant plus près de la berge,
Nul doute que vous sursauteriez d'horreur...
Car voyez-vous la belle vierge
Ne nage pas dans le bonheur...
À ses poignets des liens,
Si fortement noués
Qu'ils lui entaillent les mains.
Elle a pourtant résisté...
Un homme était là
Tout à l'heure,
Amical et courtois,
Elle ne s'est pas méfiée sur l'heure.
Il s'est approché près, bien trop près.
Elle aurait dû crier,
Elle ne l'a fait.
Comme sur une proie il s'est jeté.
Elle s'est débattue,
Donnant des coups de genoux,
Mordant à bouche que veux-tu.
Il en a ri en l'attachant, cruel comme un loup.
Il l'a plaquée à terre,
A relevé prestement les pans de sa robe,
A sorti son sexe, dur comme la pierre
Et l'a outragée, sans qu'elle ne se dérobe.
Il eut pu
La laisser ainsi.
Il regarda ses chairs nues
Et de dégoût fut saisi.
Il la porta jusque la rivière,
Lui maintint la tête dans l'eau,
Jusqu'à ce que ne remonte plus à la surface une seule bulle d'air.
Il la poussa alors du pied, après l'avoir retournée sur le dos.
Les silhouettes face à vous sur la rive sont celles de ses parents
Qui viennent de la retrouver, éplorés.
Ils ne savent tout ce que l'on a fait à leur enfant,
Pâle Ophélie noyée...

inspiré par l'observation de La jeune martyre - Paul Delaroche
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Écrit par Plume Légère
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Mercredi, 17 Février 2010 00:07 |
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Condamnée à parler d'amour
Sans en connaître la saveur
Car née, elle ne se souvenait ni du jour ni de l'heure,
Dans l'esprit d'un oiseau troubadour.
Elle n'était que chimère
Mais se sentait fréquemment des élans,
Pressentait les doux sentiments
Qui devançaient les ébats des chairs.
Alors elle se rêvait, timidement, parfois,
Un amant de plume.
Un peu comme un inconnu, un homme dont elle n'aurait pas coutume,
Mais dont au fond elle connaîtrait le véritable Moi...
Un étranger, oui,
Mais qui n'en serait pas vraiment un.
Ils prendraient un plaisir malin
A se raconter, en les mêlant, leurs vies, leurs envies.
Sans doute s'inventerait-il une double identité
Et la laisserait-il quelques temps
S'interroger, la taquinant,
Jouant avec les mots à s'en délecter.
Il la chatouillerait,
La chahuterait,
La choierait,
L'aimerait simplement pour ce qu'elle est.
Il ne craindrait pas
De se blottir tout contre elle,
De l'abriter sous son aile
Pour la préserver de ses peurs et du froid...
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Écrit par Plume Légère
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Mercredi, 20 Janvier 2010 01:00 |
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Elle n'existait pas.
Aucun registre d'état civil ne portait mention de son nom.
Elle était née, elle ne savait vraiment quand,
Dans l'esprit d'un oiseau
Qui tendrement l'avait couvée
Avant que de l'aider à briser sa coquille.
Lorsqu'elle avait éclos,
Ses regards plongèrent dans celui de sa génitrice,
Fouillant jusqu'au tréfonds de son âme,
Découvrant ses espérances
Mais aussi, candidement, toutes ses blessures.
Elle aurait alors voulu que par ses yeux d'enfant
Sa mère se vît :
Son visage n'était point si laid,
Et son corps pouvait susciter le désir,
Sans perversité...
Elle avait éperdument aspiré les larmes qu'elle voyait perler,
Bleues comme la nuit,
Les transformant une à une
En gouttelettes d'encre.
S'en abreuvant, elle s'était métamorphosée,
Prenant langoureusement les traits d'une femme,
Griffonneuse de rêves, érotiques :
Elle en voulait étourdir sa maman
Afin de la réconcilier avec sa féminité.
Elle avait promis d'être elle,
Libre comme l'air,
De ne point se laisser dominer ou entraver.
Suppliée de bien prendre soin d'elle,
Elle s'était engagée à ne jamais se laisser flagorner par les beaux-parleurs,
A dire non lorsqu'il le faudrait,
Lorsqu'elle le désirerait,
A se faire respecter
Parce qu'elle le méritait.
Puis elle s'était envolée,
Portée par les vents
Avec, pour tout bagage, une simple plume.
Toutes les cartes étaient rangées dans ses manches :
Elle était dotée d'atouts plaisants,
Sa plume était aiguisée
Et avait été testée sur un volontaire charmant
Qui en redemandait !
Elle pouvait s'élancer à la conquête du monde,
Pour y collecter des images fugaces d'enlacements,
Des instantanés de baisers,
Des impressions charnelles...
Elle se faufilerait dans les maisonnées,
Les arrière-cours,
Les chambres de bonnes,
Les cages d'ascenseur, ...,
Tout lieu où l'on se pouvait adonner aux plaisirs de l'amour,
Légitimement ou non.
Et la nuit, lorsque les corps se reposeraient,
Éreintés de sensualité,
Elle courrait sur le papier
Narrant les sentiments,
La fougue des embrasements,
Que sa maman ose à son tour accepter ses impulsions...
Il y avait tout de même un souci,
Elle le comprit bien vite,
Mais il était trop tard déjà...
Puisqu'elle n'était ni d'os ni de chairs,
Que de cœur l'on n'entendait nulle pulsation en son sein,
Serait-elle privée à tout jamais des transports qu'elle s'évertuait à décrire ?
Nul ne s'enticherait donc d'elle,
Ne la prendrait même dans ses bras
Lorsque seule, ou triste, ou effrayée elle se sentirait ?
Et si d'aventure elle s'éprenait malgré tout d'une autre plume,
Qu'adviendrait-il d'elle ?
Ne pourrait-elle contre elle se blottir,
Au moins ressentir une bouffée de chaleur ?
Nul n'avait pris le temps
D'y songer,
De réparer l'oubli...
Soudain sa venue au monde lui semblait cruelle :
On lui avait donné un semblant de vie
Lui en ôtant par avance tout le sel !
Oh, certes, elle ne craindrait pas les chagrins d'amour
Sans doute devait-elle s'estimer heureuse !
Elle était seule,
Égarée dans les méandres des chimères d'un oiseau...
Condamnée à parler d'amour,
Sans en connaître la saveur...
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Écrit par Plume Légère
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Lundi, 18 Janvier 2010 19:41 |
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C'était le matin.
La maisonnée commençait tout juste à s'éveiller :
Elle devinait sa mère dans la cuisine,
Le père à ses côtés ;
Dans la chambre mitoyenne,
Les frères sommeillaient encore.
Elle pensa au jeune homme
Etendu sur un matelas à ses pieds.
L'aimait-elle ?
Elle n'en était plus sûre,
Du tout,
Mais n'osait encore se l'avouer.
Depuis bientôt trois mois ils se voyaient
Et déjà il ne présentait plus le même attrait :
Ils n'avaient en fait pas grand-chose en commun.
Mais il était arrivé la veille
Et il n'y avait nul autre endroit où le faire dormir...
Elle continuait de somnoler,
Laissant vagabonder ses pensées.
Elle rêvait, fleur bleue irrémédiablement romantique,
Au Prince Charmant,
Le vrai.
Oh, elle n'était pas dupe,
Elle savait bien qu'il serait affublé de quelque défaut !
Mais elle espérait un grand amour,
Etre un jour courtisée
Et follement aimée.
Elle s'inventait des histoires
De couple uni autour duquel caracoleraient trois joyeux lutins...
Il est dans son lit.
Elle ne l'a entendu y grimper,
Sans doute s'est-elle assoupie.
Elle lui demande de descendre,
De la laisser tranquille.
Sa main déjà est passée
Sous sa chemise de nuit :
Elle la repousse.
Il est opiniâtre
Et revient à la charge, les doigts sur son bas-ventre.
Elle se tortille pour se dégager.
Elle adorait Michel Polnareff,
Il ne le savait que trop bien.
Elle songeait parfois, les joues rosies,
Qu'un jour, peut-être,
Un homme l'aimerait et oserait lui murmurer de tels mots,
"Moi je veux faire l'amour avec toi" !,
Qu'il pourrait avoir pour elle de tels désirs
Et les lui dire sans détours...
Alignant à peine trois mots de français,
Il savait pourtant chanter ceux-là en boucle.
Elle ne supportait plus cette mélodie,
Elle l'abhorrait même en vérité,
Dans sa bouche à lui,
Car il était clair pour elle
Que ce n'était pas à lui qu'elle se donnerait...
Il chantonne à son oreille.
Elle rit encore, fredonnant sa réponse, négative.
Il s'enhardit,
S'affalant sur son corps.
Elle prend soudain peur.
Non.
Non...
Non !
Elle ne peut trop fort parler,
Ne veut effrayer ses petits frères de l'autre côté de la cloison,
Ne veut voir entrer ses parents :
Elle ne peut se montrer à aucun d'eux dans cette tenue,
La robe de nuit relevée au-dessus de la taille,
Aucun sous-vêtement ne cachant son intimité !
Que faire ?
NON, NON, NON, NON, NON, NON, NON, NON...
...
Elle ne parvient pas à le repousser,
Lui pourtant gringalet.
Elle a si peur,
Si honte.
Elle ne parvient plus à lutter.
Non.
Que nul n'entende !
Elle sent son sexe,
Immonde, froid, inquisiteur.
Il lui écarte violemment les cuisses.
Elle pleure.
Non.
Même si elle ne prononce plus ce mot,
Son visage roule de droite à gauche,
Puis de gauche à droite,
Sans discontinuer.
Il la pénètre,
Quelques secondes,
A peine :
Il a déjà éjaculé.
Elle est salie,
Les draps sous elle sont maculés.
Elle ne peut bouger,
Tétanisée de terreur, de dégoût, de honte.
Il rit.
Aujourd'hui encore,
Elle entend résonner ce rire...
Lorsqu'elle a pu se relever,
Elle a essuyé ses larmes d'un geste rageur,
L'a giflé,
Puis s'est dirigée vers la salle de bains.
Elle y a croisé sa maman,
Lui a juste dit, en baissant les yeux,
Qu'elle avait besoin d'un gant de toilette.
Elle a couru frotter ses draps,
Ne s'apercevant pas tout de suite du liquide qui coulait le long de sa jambe.
Elle n'osait regarder.
Sans doute saignait-elle,
L'hymen déchiré ?
Non, rien de cela.
Juste des spermatozoïdes
Qui s'échappaient.
Ce n'est que plus tard que des questions l'ont harcelée :
Pouvait-elle avoir été contaminée ?
Elle ne le connaissait presque pas.
Et... N'arrive-t-il jamais qu'un viol fasse d'une enfant une maman ?
Une question elle a par contre très vite éludée :
Porter plainte ?
Que tout le monde le sache,
En souffre ?
Non, non, non.
Qu'elle le garde en elle,
Qu'elle l'enterre,
Au moins pour le moment...
Oh... Et rassurez-vous néanmoins pour la chanson !
Elle l'écoute désormais à nouveau,
Des frissons lui parcourant la peau,
Lorsqu'on la lui susurre à l'oreille...

Collection du musée du Quai Branly
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Écrit par Plume Légère
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Mercredi, 12 Août 2009 01:00 |
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A rude épreuve elle avait été soumise,
Souillée.
Dans la poussière elle était restée assise,
Comme tuée.
Son drame elle l'avait tu,
Craintive.
Elle n'aurait pas dû :
Elle n'était pas la fautive !
Pour ce genre d'animaux, elle n'éprouvait que dégoût,
Répulsion.
Des membres érigés ou mous,
Elle riait désormais de méchante dérision.
C'est à ce moment-là qu'il était entré dans sa vie,
Romantique, pas pressé.
Petit à petit,
Elle n'avait pu que se laisser apprivoiser.
Malgré ses baisers fougueux,
Longtemps leurs caresses étaient restées timides.
Il la courtisait, la dévorait des yeux,
Laissant monter le désir, qui deviendrait bientôt torride.
Un jour il lui avait offert
Un préservatif, évidemment encore emballé,
Lui disant qu'il attendrait son feu vert,
Que quand elle se sentirait prête, à coup sûr il le serait !
Tournant le dos à son propre plaisir,
Il lui avait alors appris à se laisser câliner.
Sous ses mains elle se sentait frémir,
Elle lui reconnaissait un excellent doigté !
Dans ses bras elle avait connu l'orgasme,
Alors que son boxer comprimait à grand-peine son érection.
La posséder n'était encore qu'un fantasme
Dont il était de plus en plus question...
A son corps défendant,
Ce matin-là elle fit mine
De n'entendre pas les protestations d'effarement
De la petite voix mesquine
Qui la menaçait d'être une nouvelle fois abusée, assurément,
Puis d'amour orpheline.
Elle pensait qu'il méritait mieux que sa méfiance,
Il avait attendu si longtemps...
Elle lui glissa alors dans la main le bout de caoutchouc, avec confiance,
Et il devint son amant.
Oh ! Elle lui parut forcément Sainte-Nitouche,
Et il ne se souvient probablement plus de cette première fois.
Elle s'ingéniait à ce que sa main ne touche
Pas son pénis bien droit...
Malgré son appréhension,
Elle osa et s'abandonna.
Il n'était que tendresse et passion,
Cela sans doute la sauva.
Depuis, bien sûr, leur ouvrage ils ont maintes fois remis :
Tantôt doucettement, tantôt bestialement, tantôt...
Sur des carrelages, des tables, des lits,
Dans une piscine, une salle de cinéma, le métro...
Pourtant elle sait que les cauchemars ne sont pas envolés...
Il s'échine à les tenir à distance
Mais ils reviennent régulièrement la hanter
L'exhortant lancinamment à l'abstinence.
Il paraît pourtant que, lorsqu'elle tait ses tabous,
Elle sait fort bien exciter,
Qu'on la pourrait nommer de femelle toutou
Quand elle se permet d'être dévergondée...
Dans le secret de son âme,
Elle espère un jour revoir celui qui l'a si intimement blessée.
Ces retrouvailles, elle en a maintes fois tissé la trame,
Le dénouement ne lui apportant jamais la félicité escomptée.
Elle rêve parfois d'une rencontre fortuite, juste elle et lui...
Comme l'ultime fois,
Il ne paraît pas insensible à son charme et lui sourit.
Alors elle coupe dans sa tête la parole à toutes les voix,
Et l'aguiche comme elle l'a depuis appris,
D'un simple regard, d'une moue, d'une rondeur dévoilée sans en faire cas.
Il frémit, tombe dans le piège comme une énorme souris.
Rappelons que l'animal est précoce, le petit jeu longtemps ne dure pas...
Aussi, lorsqu'il semble à point, soudain elle rit, elle rit, elle rit,
Se libérant enfin de ses cauchemars, hontes et autres tracas,
Le laissant là, de désir transi,
La bite entre les jambes, ridicule ver qui lui fit si peur autrefois,
Si risible, si minable, si petit...
Oh, elle a bien sûr imaginé des scénarii moins indulgents,
Le souffletant,
Ou à sa face hurlant,
Le lui arrachant même... avec les dents !
D'autres aussi, bien plus réalistes vraiment,
S'effondrant dans la rue, pleurant et suffocant,
Ou son regard détournant, les joues rouges, le cœur à tout rompre battant,
Et pour toujours l'évitant...
Que leurs chemins ne se croisent plus,
Que dans son cocon définitivement un jour elle évacue
Sa souffrance, le souvenir de sa joie de vivre si vilainement perdue...
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Son forfait accompli.
Mais il n'a pas détruit en elle l'Amour :
Voyez comme elle resplendit...